Bien cher
ami,
"Ami" n'est pas ici la formule habituelle et seulement
aimable, ton amitié est largement étayée par ta
fidèle solidarité à une cause
commune et qui nous fait amis, dans le sens de la camaraderie. Le
copain est
celui avec qui on partage le pain, les joies et les peines. Et des
peines nous
en partageons à la pelle. Alors, même si nous ne nous
sommes vu qu'une seule
fois où tu m'as reçu si gentiment chez toi, notre
amitié est de fer, comme
"l'arbre de fer", autre nom de l'arganier (aussi dit "l'arbre des
femmes",
et que
serait le Maroc sans les femmes qui le portent sur leur dos pendant que
les
stupides mâles paradent...? ).
Alors, justement, le jour de ton invitation à
Oujda, j'arrivais des collines d'alfa juste au sud d'El Aïoun, et
je sortais
d'une colère, encore une. Quand un apôtre du Vivant fait
du terrain, il passe
d'une colère à une autre. J'avais parcouru la
journée durant un site que je
connais bien, une petite route qui mène d'El Aïoun à
Jerada, où je travaillais
sur l'imbrication de deux lépidoptères dont les
espèces sont dites discutables
et qui posent au taxinomiste un problème
génétique. Bref, le biotope n'est
qu'alfa à perte de vue (pour ceux qui l'ignorent, l'alfa est une
grande graminée
des steppes des hauts plateaux et qui recouvre au Maroc 3 millions
d'hectares,
espaces - comme tous les autres - voué au pastoralisme,
euphémisme qui signifie
filière de viande ovine et caprine...). Sauf
un faible saupoudrage de genévriers, pas
d'arbres ne s'y montrent,
sauf deux espèces : de splendides pistachiers de l'Atlas,
respectés parce que
maraboutiques (vive le sacré, le vrai !) et..., nous y
voilà, un boisement
d'arganiers.
Et quels arganiers ! Abroutis sans répit par la dent
séculaire
du cheptel, torturés, amputés, suppliciés,
nanifiés...! Cet arbre qui peut
atteindre la taille d'un vieux chêne n'est ici qu'un rocher vert,
parfois même
prostré et tapissant. Je connais très bien les quelques
zones à arganeraie du
Nord du Maroc (vallée de l'oued Grou à l'est de Rabat,
monts de Debdou et des Beni-Snassen
pour l'Oriental). Si les sujets sont plus ou moins respectés
à Tsili (50
hectares) et à Debdou, ce n'est pas le cas dans les Beni-Snassen
(200 ha à
l'est de Taforalt) et surtout ici, au sud d'El Aïoun (quelques
hectares). Ces
stations de l'Oriental se trouvent à plus de 1000 km des 850 000
ha (1,5
millions il y a 50 ans !!!) de l'écorégion proche
à l'arganeraie (d'Essaouira à
Bouzakarne) et constituent des paléopeuplements. Comment un pays
qui se dit
attaché à son patrimoine peut-il avoir autant de
dédain et d'indifférence pour
un boisement isolé de cet arbre aussi précieux et
vénérable ? N'importe où
ailleurs, la présence excentrée d'un tel endémique
serait fierté nationale,
protégé, mis sous cloche, les gestionnaires du
biopatrimoine entretiendraient
ces arbres comme la prunelle de leurs yeux, et les riverains auraient
une autre
éthique que celle de les bousiller et les faire pâturer
depuis des lustres
par leurs satanés troupeaux.
Voilà, j'espère qu'on pourra m'expliquer
pourquoi il faut absolument détruire ce beau pays ? Au nom de
quoi..., si ne
n'est une haine pour la Nature. Et comme c'est la même Nature qui
nourrit
l'homme, l'homme en crèvera. D'ailleurs, n'en déplaise ou
non au développement
à base de béton et de miroirs aux alouettes, il en
crève déjà !
D'autre
part, je me demande aussi pourquoi certains scientifiques se font chier
à
travailler dur pour pondre des travaux qui n'intéressent ni les
décideurs, ni le
peuple. Les décideurs n'ont qu'on objectif : s'enrichir en
détruisant tout le
plus vite possible tandis que le peuple, oh très cher peuple,
n'est plus qu'un
monde de légumes vautré devant la télévicon.
Un travail sur l'arganeraie est
en ligne, on y cite les îlots de cet arbre remarquable dans
l'Oriental, ce
relevé des papillons qui bioindiquent la santé de
l'écosystème m'a pris
quelques années et n'a été financé que par
moi-même, les subventions
internationales étant de suite diluées dans les frasques
de la fonction
publique :
http://www.secheresse.info/article.php3?id_article=228
Regardez au moins les images, elle
sont "jolies" !
6h du matin, je suis déçu
et fatigué, je ne relis pas, pardon pour les fautes.
Toutes mes amitiés et mon
chagrin.
Michel TARRIER
From: esco
esco
To: Alerte-nature-
maroc@yahoogroup es.fr
Sent:
Saturday, October 27, 2007 11:02 PM
Subject: RE :
[Alerte-nature- maroc] Essor (?!) de l''arganier marocain
Certains auteurs
se trompent souvent, quand ils disent que l'arganier ne pousse que dans
la zone
Sud-Occidentale du Maroc.
L'arganier pousse et
existe actuellement dans l'Oriental du Maroc, les habitants de
Chouihiya dans
la région de Berkane en savent quelque chose. Si quelqu'un le
veut, j'envoie des
photos au groupe.
Salutations
S/ BENATA
Mohamed