
Photo ©Michel
Aymerich
« N’être
qu’un chien », « Une vie de chien »,
« Ce
n’est pas fait pour les chiens »… Toutes expressions
spécistes trahissant un mépris, une insensibilité
et une bêtise spécifiquement (in)humaines.
Pourtant, on pourrait souhaiter à beaucoup d'humains la
propreté et la délicatesse de Diane...
« Les bourgeois c'est comme
les cochons
Plus ça devient vieux plus ça devient
bête
Les bourgeois c'est comme les cochons
Plus ça devient vieux plus ça devient c... »
Jacques Brel
« L’Homme est la
mesure de toutes choses. »
Protagoras
Hors de
ce qui peut encore demeurer de pure naturalité, l’assertion de
Protagoras est
toute aussi évidente et universelle que regrettable. Mais
l’Homme ayant
construit un monde par-dessus Le Monde, il ne peut résulter
qu’errances et
chaos d’un tel postulat erroné.
C’est un même discours d'exclusion qui,
mot
à mot, a toujours
été tenu par l’homme anature pour écarter tout
autant l’animal que l’autre
homme qui n’a pas l’heur de lui plaire. Cette relégation
à l’animal non-humain,
sans conscience, sans langage articulé, à la
« bête », à la
« brute », au « barbare »,
a inspiré à notre
« humanerie », selon les lieux et les temps, tous
les racismes,
toutes les xénophobies et toutes les discriminations raciales,
l’apartheid,
l’esclavagisme, les nettoyages ethniques et les pogromes de toutes
sortes, les
génocides jusqu’à la shoah, solution finale de la
question juive. Les massacres
des Guanches en 1400, des populations amérindiennes,
« cannibales »
de Colomb, des Timicuas en 1630, des Hereros en 1905, des Bochimans,
des
Papous, des Aborigènes australiens, des Arméniens, des
Kurdes, des Kosovars,
des Tutsis, des Noirs du Darfour, de tous les
« païens », de tous les
« infidèles », trouvent leur haine
justifiée et argumentée dans le
même concept manipulateur que celui de la
ségrégation pour les autres espèces
terriennes. Un ancien tortionnaire d’Algérie argumentait que
torturer ne
demande aucun effort, sinon celui de considérer sa victime comme
non-humaine,
donc à l’idée de celle que nous nous faisons de l’animal.
Les sévices et les
dégradations opérés par certains militaires
Nord-américains à la prison d’Abou
Ghraib ne portaient donc pas atteinte à
la dignité humaine puisqu’elles étaient dirigées
contre des humains
« animalisés ».
Le non-Blanc pour le Blanc, le non-Noir
pour le Noir ou le
non-Chinois
pour le Chinois, sont à mépriser, à
dégrader du rang humain, à abaisser au rang
animal. Les cultures non-occidentales sont primitives. Même type
de dénigrement
pour l’adversaire politique, le contradicteur idéologique, voire
le joueur de
l’équipe sportive opposée ! Comme les
animaux, les Iroquois de la
Conquête de l’Ouest étaient sauvages et à loger
à la même enseigne. Un singe ne construit
pas des cathédrales.
La vision machiste et conservatrice de l’autre sexe, le
« sexe
faible », dont on dénigre les qualités
intellectuelles pour justifier du
non-droit de vote, de chéquier, de liberté et de plaisir
sexuels ou de
visibilité au « salon des hommes »,
participe de ce raisonnement
abject.
Le
zoomorphisme tend à attribuer aux personnes des
caractéristiques
animales, sans mauvaise intention particulière. Le processus
inverse est l’anthropomorphisme. Les deux
modes correspondent à des
pastiches, abusent de l’hyperbole et ont toujours travesti la
vérité, notamment
au détriment de la connaissance zoologique et du respect envers
les espèces. La
mythologie religieuse, avec sa fréquente thériantropie,
l’univers des légendes,
des fables (pour l’éducation du jeune animal humain…) et de la
bande dessinée
en firent un large usage. Jean de La Fontaine et Walt Disney
recoururent
outrancièrement à ces procédés et selon des
modes souvent grotesques.
Enfant,
aux cours de catéchisme des curés parisiens que mes
parents m’imposaient pour
mon plus grand mal, on nous projetait souvent, sous le regard du
Crucifié, des
films du Far West où les Indiens étaient mal
traités. J’ai subi des passages
obligés aux Cirques Bouglione, Pinder et Medrano, au Zoo de
Vincennes, au
Jardin des Plantes où je restais pantois devant nos
frères gorilles incarcérés,
aux projections de films lénifiants de Disney. On ne m’a pas,
non plus, épargné
le spectacle édifiant de la Venus Hottentote, nue et
empaillée, dans sa vitrine
du Muséum. Déjà, je voyais les curés, les
gens du cirque et Wald Disney comme
des voyous. Au temps de Maurice Papon et du métro Charonne,
j’entrais dans
l’adolescence. J’étais formé, formaté.
Entomologiste, il ne me restait plus
qu’à tuer des papillons toute ma vie. Au nom de la science.
C’était au nom de la science ou du
spectacle qu’on
exhiba
longtemps les Êtres humains hors normes ou les sauvages les plus
exotiques,
telle la Vénus hottentote. Elle était née
l’année des droits de l’Homme, qui
n’étaient ni ceux de la femme, ni ceux de
l’« indigène », et ne le
sont toujours pas vraiment. Fille d'un père Khoisan et d'une
mère Bochiman, elle
était dotée de stéatopygie (fesses
surdimensionnées) et de macronymphie
(organes sexuels protubérants). Un médecin de la Royal
Navy l’embarqua pour
l’Europe et, à Paris, elle devient un objet d'exposition des
music-halls et des
salons de la haute bourgeoisie. Elle termina sa vie dans les bordels.
Du statut
de bête curieuse, Baartman Saartjie passa aussi à celui de
cobaye humain. Elle
était exposée nue sous les yeux avides de scientifiques
et d’artistes peintres.
En 1815, le célèbre naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire
comparait dans un
rapport le visage de l'infortunée à celui d'un
orang-outang, et ses fesses à
celles de la femelle du singe mandrill. Georges Cuvier, père de
l'anatomie comparée
sous Napoléon Bonaparte, estime quant à lui qu’elle est
la preuve indéniable de
l'infériorité de certaines races. Peu après sa
mort et… pour le plus grand bien
des connaissances, Cuvier la disséqua et présenta les
conclusions de ses
recherches devant l'Académie de Médecine :
« Les races à crâne
déprimé et comprimé sont condamnées
à une éternelle
infériorité. » Ce n’est qu’en 1974 qu’un
directeur du laboratoire
d'anthropologie du Muséum national d’Histoire naturelle fit
retirer le corps de
la vitrine où il était exposé, pour l’entreposer
à l’obscurité des caves du
musée. En 2002, après de très longues
tergiversations diplomatiques et une
évidente mauvaise volonté des « collections
nationales », sa
dépouille fut restituée à l’Afrique du Sud.
« La Vénus hottentote
conquit donc sa renommée en tant qu'objet sexuel, et la
combinaison de sa
bestialité supposée et de la fascination lascive qu'elle
exerçait sur les
hommes retenait toute leur attention ; ils avaient du plaisir à
regarder
Saartjie mais ils pouvaient également se rassurer avec
suffisance : ils étaient
supérieurs. » (Stephen Jay Gould, Le
Sourire du flamant rose,
2000).

Saartjie Baartman,
dite "la venus hottentote"
L’animalisation
est un zoomorphisme à dessein malfaisant, toujours
dépréciatif et dénigrant,
d’autant plus affligeant qu’il correspond à une chosification,
tant pour l’homme
que pour l’animal concernés. Fort de son incurable
méconnaissance de la
zoologie, c’est pour dénigrer son prochain que l’homme utilise
certains travers
prêtés aux animaux. Les invectives, insultes, injures et
calomnies du genre ont
toujours été très présentes dans les mœurs
politiques, rarement reluisantes. Dans
l’objectif d’animaliser, de mettre « à quatre
pattes » l’adversaire,
la violence verbale née de luttes intestines et les diatribes
contre
l’opposition ne manquent jamais de noms d’oiseaux. Il convient
d’haranguer
l’électeur badaud en stigmatisant et en raillant
prosaïquement le protagoniste.
La méthode relevant du symbolisme et ne parlant qu’au psychisme,
l’animalisation connut son heure de gloire durant le nazisme et le
fascisme.
C’est surtout pendant les guerres et pour construire
l’altérité qu’on se
regorge de formules zoomorphiques, particulièrement à
base de l’espèce porcine.
Lors de la Grande Guerre, la caricature s’en donna à cœur joie
en
instrumentalisant le cochon, ce dernier étant assimilé
à la barbarie teutonne,
et notamment à sa goinfrerie alimentaire pour la charcuterie, en
opposition à
la civilisation française. Le cochon allemand était alors
l’animal de la fange.
Dans l’histoire des colonisations, le colon, son soldat ou son
curé
stigmatisaient par l’animal « l’indécrottable
infériorité du sauvage ». La
presse soviétique stalinienne, professionnelle de la haine,
invectivait les
écrivains qu’elle n’aimait pas en les qualifiant de
« vipères
lubriques ». Lors du Congrès de la Paix
à Vienne en 1952, Jean-Paul Sartre
fut traité de « hyène
dactylographe » ! Hier et aujourd’hui, le langage
xénophobe fait un
large usage de l’animalisation. Les pires insultes à
l’égard d’une personne
d’origine arabe (et supposée comme tel parce que plus souvent
Kabyle ou
Berbère !) sont « raton » ou
« bicot ». L’hymne à l’amour
de Jacques
Dutronc est une intelligente parodie du genre. Comme les chants nazis,
les cris
de singes poussés par les hooligans quand un footballeur noir de
l’équipe adverse
touche le ballon sont désormais poursuivis par la loi.
Le
spécisme est une drogue dure qui conduit au sexisme, à
l’homophobie, au
racisme, à l’apartheid. En prônant une attitude
irrespectueuse sous le prétexte
de différences, il est à l'espèce ce que le
sexisme et le racisme sont au sexe
et à la race. Ces idéologies, héritières du
poids des religions monothéistes et
« taxinomistes » justifient la
ségrégation, la soumission,
l’exploitation tant de l’animal, que de la femme et de l’homme d’une
autre race,
culture, croyance ou sexualité. La lutte contre le racisme ou le
sexisme est
inséparable de celle contre les méfaits de
l’animalisation. Le regard évaluatif
d’une hiérarchie au sein du Vivant est directement induit par
l’erreur de
croire que l’évolution va du plus simple au plus
sophistiqué, de l’inférieur
forcément stupide au supérieur doué d’une
intelligence donnant droit à tous les
pouvoirs. L’évolution se fait dans tous les sens et ne poursuit
aucun objectif,
certainement pas celui de conduire de l’irresponsable au conscient, de
l’algue
à l’homme, mâle et blanc comme par hasard et de
préférence. L’intelligence et
la société de l’homme sont une intelligence et une
société parmi toutes les
autres de cette Terre. Voir l’espèce porcine comme
inférieure (et non
différente) parce qu’elle marche à quatre pattes et que
nous en avons fait une
machine à saucissons est un point de vue subjectif, carnivore et
bien arrogant.
Jugement qui nous arrange si nous aimons déguster en saucisses
la viande morte
et les tripes du cochon. Pour qu’au nom du rapport de force,
l’esclavagiste ou
le soldat colon puissent asservir des populations autochtones, il leur
suffisait de les soumettre au rang d’animaux non-humains. Les six
femmes qui
meurent en France chaque mois sous les coups de leur conjoint sont
simultanément traitées de salopes, de chiennes en chaleur
ou de truies
lubriques. Tous les machistes sont spécistes et tous les
spécistes sont
sexistes. Il n’y a qu’un pas de la sale bête à la salope,
et de la salope au
pédé, puis au sale nègre, dans l’ordre !
Se
référer aux animaux comme si
nous n'en étions pas nous-mêmes autorise de détenir
prisonniers dans des
batteries d’élevage aux conditions
« infrahumaines » quelque 100
milliards d’animaux dans le monde, de ne pas avoir le moindre
état d’âme en
sachant que trois animaux à la seconde périssent dans des
laboratoires
d’expérimentation, de tirer à l’année 250 millions
d’autres sujets Terriens péjorativement
étiquetées « gibiers »,
d’abandonner annuellement 25 millions
d’animaux de compagnie, de se vêtir de peau et de fourrure
impliquant la
souffrance annuelle de 70 millions de
« mammi-frères » et d’emmener
nos enfants à des spectacles dégradants exhibant des
animaux rendus fous par la
captivité, le dressage et les frustrations. Comme il faut
toujours payer d’une
façon ou d’une autre la facture, outre la destruction des
écosystèmes par le
surpâturage et le déboisement au profit de l’extension des
surfaces pâturables,
de plus en plus de maladies émergentes et liées à
la consommation carnée sont
peut-être là pour nous rappeler que nous agissons mal, que
celui qui sème le vent récolte la
tempête. Aux
États-Unis 70% des céréales sont destinés
aux
animaux d'élevage, contre seulement 2% en Inde. Il faut 7 kg de
céréales pour
produire l seul kg de bœuf, et si toutes les céréales
utilisées pour le bétail états-unien
étaient consommées directement, elles nourriraient 800
millions d'humains. Les mêmes
États-Unis transforment chaque jour mille tonnes de viande de
bœuf en viande
hachée, et chaque citoyen Nord-américain dévore
durant sa vie 9 boeufs de 500
kg. Seule une vision erronée et manichéenne du statut de
l’animal peut
permettre ces chiffres de la honte.

Transportés sur la route au Maroc. Photo
©Michel
Aymerich

Détails... Photo ©Michel
Aymerich
Au sens
le plus large, l’antispécisme
désigne le refus systématique de baser une éthique
sur la notion d'appartenance
à une espèce donnée, et ce, sans définition
de critères pertinents. Il est
hélas inapplicable dans notre civilisation et ne relève
que de l’attitude
exemplaire affine au jaïnisme. Dans le concept du système
non ascète – et donc
forcément injuste - adopté par le plus grand nombre de
Terriens, la déontologie
antispéciste pratique peut être justifiée par le
neurobiologiste, affirmant que
tout animal doté d’un système nerveux est
simultanément doté d’une sensibilité.
Cette capacité lui permet de ressentir le bien-être
jusqu’au plaisir et le
mal-être jusqu’à l’affect de la souffrance et de la
douleur. On n’exercera donc
pas la moindre pitié à l’égard des plantes et on
poursuivra l’asservissement
des animaux (domestication, élevage) lorsqu’elle est
estimée indispensable à
notre survie et dans le plus grand respect de ceux-ci.
C'est-à-dire que l’on
établit une échelle de valeurs entre l’huître et le
gorille. Dans les
contraintes de la coexistence qu’implique une civilisation conduite par
l’espèce humaine, l’animal que l'homme croit avoir l’obligation
de détenir sous
sa dépendance a droit aux mêmes soucis d’entretien et
d’attentions que tous les
êtres incapables de se défendre par eux-mêmes, comme
le sont le bébé, les
personnes âgées ou celles victimes d’un handicap
cérébral ou physique limitant. Le
mépris de ces droits naturels correspond à un crime de
non-assistance. Au
Moyen-Âge, on se riait tout autant du fou que du singe, dans
notre Moyen-Âge
actuel, certains se rient encore du singe. Le fait que nous ne sachions
pas grand-chose
de l’état d’être d’une tortue ou d’un chardonneret ne nous
autorise pas au déni
du libre-arbitre de leur liberté, ou de leur confort relatif si
l’on commet
l’impudent délit de les incarcérer. Tous les êtres
vivants ayant une origine
commune, les différenciations intervenues au cours des
millénaires de
l’évolution n’autorisent pas des destins iniques, a fortiori
lorsque ceux-ci ne
sont motivés que par des sentiments d’égocentrisme ou de
frivolité d’une espèce
endoctrinée s’autoproclamant maître et souveraine du
Monde. Avec leur
propension à conférer tous pouvoirs à l’homme vu
comme couronnement de la
création, les trois monothéismes créationnistes
portent une très lourde
responsabilité dans la cruauté exercée contre la
Nature, les animaux et par
ricochet contre l’homme lui-même, sa compagne et ses
frères. Aujourd’hui, les
pays d’Europe où l’Église a encore son mot à dire
sont quotidiennement en
infraction avec les législations de protection de l’animal.
Chardonnerets et
sereins chanteurs dans leurs geôles minuscules, cailles pondeuses
détenues à
l’étroit, sont encore massivement présents dans les
foyers espagnols. « Animal !
» est en Espagne une insulte courante et qui se
traduit par
« imbécile ! ».
Le
bestiaire de ces insultes, injures, offenses, vexations et autres
incontinences
verbales est infini, en voici un florilège français non
exhaustif.
Animal :
se comporter comme un animal en dit long dans notre psychologie.
Bête :
définit à la fois tout animal autre que l’homme et le
manque d’intelligence, la
stupidité, le fait d’être étourdi :
« Être bête comme ses pieds »,
« Que je suis bête ! »,
etc. Quant à l’expression « Nos amis les
bêtes », souvent
utilisée par les amis des animaux (donc zoophiles dans la
première acception du
terme…), elle sous-entend bien une certaine commisération pour
un monde
inférieur, dont l’homme se positionne comme le protecteur, alors
que Selon
T. Monod : « Les animaux ne
demandent pas qu'on les aime, ils exigent qu'on leur fiche la paix ».
Bestial :
qui ressemble à la
bête, brutal, sauvage.
Bétail,
bestiau : désigne péjorativement le cheptel, soit
les animaux d’élevage
autres que les oiseaux ; « Être
traité comme du bétail » signifie sans le
moindre ménagement.
Singe,
macaque, guenon : pour se gausser d’une personne estimée
non évoluée, la
plupart du temps avec connotation raciale.

Photographe inconnu...
Quand des bonobos ou d'autres espèces
non-humaines font l'amour,
l'acte doit toujours être dégradé aux yeux des
spécistes.
On parle alors "d'accouplement"...
Chien :
comme attribut de discrédit systématique (« N’être qu’un chien », « Une vie de chien », « Ce
n’est pas fait pour les chiens »…).
Loup :
pour qualifier une grande méchanceté (selon la sentence
de Thomas
Hobbes : « À l’état de
nature, l’homme est un loup pour l’homme »).
Chacal :
homme profiteur, avide tel un charognard.
Rat :
renvoie à un univers sordide, tant d’intérêts
mesquins que de milieu minable.
Porc :
c’est l’animal le
plus caricaturé dans l’animalisation verbale, écrite ou
iconographique, à
l’endroit de tout individu que l’on entend disqualifier et calomnier
sous un
quelconque prétexte, notamment celui de la vulgarité. Le
cochon est pourtant un
mammifère très intelligent, surtout son ancêtre
sauvage, non amoindri par des
siècles d’élevage.
Cochon,
cochonne : « 1.
Sale, dégoûtant. 2. Malfaisant, déloyal. 3.
Égrillard, obscène » selon Le
Petit Larousse. (Suivent dans la ligne : cochonceté pour
obscénité,
cochonnerie pour malpropreté).
Caractère
de cochon, tête de lard :
pour qualifier un mauvais caractère.
Ours :
pour une personne peu
avenante, qui fuit la société.
Ours
mal léché : pour un individu bourru (« Ainsi
que l'ours, à force de lécher son petit, le met en
perfection, ainsi vois-je,
etc.» Rabelais).
Âne, kif-kif
bourricot (pareil à l'âne) ou buse : pour
stigmatiser
l’insuffisance intellectuelle, l’ignorance, voire une personne
bornée. Les
expression péjoratives sont nombreuses : avoir un bonnet d'âne, être franc
comme un âne qui
recule, faire l'âne
pour avoir du son,
être un
âne bâté, brider un âne par la queue, chantez pour un âne, c’est des
crottes qu’il vous
donne, etc.
Tête
de mule : pour une
personne têtue, à l’attitude buttée.
Cheval,
jument : pour une belle
femme, mais de grande stature.
Gros
bœuf : pour un homme
lourd, sans distinction.
Vache
(peau de) est synonyme de
salaud (« Une
jolie fleur dans une peau d'vache. » G. Brassens).
Veau :
pour un abruti
(« Les Français sont des veaux. »
Ch. de Gaulle).
Chameau :
un « vrai
chameau » est quelqu’un de méchant,
désagréable.
Brebis
galeuse : pour une
personne rejetée, indésirable.
Bouc :
pour un homme brutal
et grossier.
Renard :
pour une malignité
peu honnête.
Blaireau :
synonyme de
ringard, de beauf.
Maquereau,
maquerelle, morue : toutes invectives propre au monde de la
prostitution.
Thon ou
truie : à l’intention d’une fille laide ou grosse.
Grenouille
de bénitier : pour qualifier une bigote.
Anguille :
pour quelqu’un
d’insaisissable.
Langue de
vipère : pour une
personne habituée à diffamer.

Photo ©Michel
Aymerich
Lorsqu'une vipère ou un autre serpent darde
sa langue, c'est afin d'analyser
les particules d'odeurs en d'obtenant le plus grand nomble possible
d'informations sur l'environnement...
Vipère,
araignée ou autre animal
lubrique : pour discréditer quiconque en lui attribuant un
penchant
excessif pour le vice et la luxure ; l’expression, très
largement
extrapolée dans les insultes politiques, est en outre inexacte
car il n’y a
aucune attribution scientifique de lubricité ni à la
vipère, ni à
l’araignée !
Scorpion :
ennemi qui tue par derrière, malfaisant, hypocrite («
Comme le scorpion, mon frère,
/ Tu
es
comme le scorpion / Dans une nuit d’épouvante. »
Nazim Hikmet).

Photo ©Michel
Aymerich
Contrairement aux préjugés, un
scorpion ne pique pas systématiquement.
Il ne le fait que maltraité (si on lui marche dessus ou
l'écrase de la main, par ex.)
La bêtise
au front de taureau : sert à brocarder l’énorme
bêtise (« Contristé, servile
bourreau / Le faible qu'à
tort on méprise ; / Salué l'énorme Bêtise, /
La Bêtise au front de
taureau. » Ch. Beaudelaire, L’examen
de minuit, Les fleurs du Mal,).
On notera que rares sont les
animaux ayant droit à un noble statut, c’est néanmoins le
cas du chat, du lion,
de l’aigle, du coq, du paon, de l’abeille…
Bien que donner
à quelqu'un un
nom d'oiseau signifie
le traiter de tous les
noms, l’injure
apparaît aussi au premier degré :
Bécasse :
pour une personne sotte.
Dinde,
bécassine ou oie (blanche) : pour une fille niaise.
Grue :
pour une prostituée.
Poule
mouillée : pour un homme couard.
Poulet :
pour un policier.
Pie :
pour une personne bavarde.
Perroquet :
pour quelqu’un qui répète.
Perruche :
pour une femme bavarde.
Faire
l’autruche : pour quelqu’un qui refuse de voir
le danger.
Vieille
chouette : pour une femme revêche (et non
chevêche !).
Vautour : pour une attitude de bas
profit qu’inspire
l’oiseau charognard.
Corbeau :
comme oiseau de mauvais augure, auteur de
lettres anonymes.
Buse :
qualifie l’idiotie et triple buse signifie alors trois fois idiot (acception
péjorative attestée depuis le XVIème
siècle, selon le Robert).
Butor :
pour un malappris.
Canard
boiteux : pour un sujet mal adapté à la
société.
Pigeon :
pour quelqu’un facile à duper, à
« plumer ».
Faisan :
pour l’auteur d’affaires louches.
Tête de
linotte : pour une personne écervelée.
Drôle
de moineau : pour quelqu’un de méprisable.
Etc
Si l’analogie
à la Nature et aux animaux est le plus souvent négative
et péjorative chez les
monothéistes, elle est par contre gratifiante et positive chez
les peuples
natifs ou en Orient. En Chine, au Japon, on se prénomme
« Premières
neiges », « Hautes vagues »,
« Immense surface
d'eau », « Fleur de Lotus »,
« Orchidée »,
« Perle précieuse »,
« Hirondelle », « Fleur de
prunier », ad libitum..., autant de
références homotéliques.
Si vous avez rendez-vous avec un banquier chinois
se nommant Jinsong, dont la secrétaire s'appelle Shao Lian, vous
serez reçus
par Monsieur « Pin droit » et Mademoiselle
« Immense surface
d'eau ». Tout le monde
connaît les noms
des Amérindiens, dont certaines traductions littérales
donnent : Fleur éternel,
Papillon, Faon, Oiseau bleu, Serpent à Fleurs, Castor, Soleil
évident, Oiseau
bleu, Pluie tombante, Petit bison, Cerf commun, Coyote chassant des
cerfs, Colombe
sauvage, Une vigne sur un Chêne, etc.
Ainsi,
les peuples premiers, et
encore à ce jour les sociétés ayant
échappé à l'anti-chemin
des monothéismes révélés,
vénèrent la Nature, la glorifient en étant fiers
et dignes de se prénommer « Petit bison »
ou « Serpent à
fleurs », tandis que nous, les
« porcs », les
« truies », les « boucs »,
les « ânes », les
« triples buses », les « vieilles
chouettes », les
« grues », les « poules
mouillées », les « langues de
vipères », les « hyènes
dactylographes », les « têtes de
mule », les « chiennes lubriques » et
autres noms d'oiseau,
c’est péjorativement que nous nous inspirons du Vivant pour
avilir, calomnier,
excommunier, etc. Quel Dupond-Durand, quel Schmidt, quel Smith, quel
Gomez-Hernandez
irait prénommer son fils « Petit bœuf » ?
Même s'il n’est ni gavé par
Mac-Do, ni « globèse » !
En
détestant notre environnement
naturel, en crachant sur le vivant, nous avons fait notre propre
malheur, et
c'est pourquoi dans cet enfer crétin, pétri de haine,
d'envies frustrées et de
rancoeur, nous nous voyons condamnés à perdre notre vie
pour la gagner.
Michel Tarrier
Extrait de L’homme
contre-nature
| Egalement: "Pour un
système idéaliste, les animaux jouent virtuellement le
même rôle que les juifs dans un système fasciste" (T. Adorno). Voir la page... |
|
la Charte du
Respect des Espèces et des Ecosystèmes
|