L’interview
de Stéphane Lhomme, donnée au journal Le Monde et
envoyée sur le forum Alerte-Nature-Maroc, est très
intéressante. Elle rappelle
des données ou nous informe de données peu ou pas connues
sur le nucléaire et
son rôle prétendu dans la lutte contre le
réchauffement climatique...
Nous
sommes toujours
confrontés à cette illusion dans la recherche de
réponses essentiellement technologiques
à la crise
écologique en nous voilant la face que la vérité
fondamentale est que nous sommes
beaucoup trop nombreux sur cette planète par rapport aux autres
espèces – car
c’est bien de ça qu’il s’agit – et que partant toutes les autres
« solutions »
ne peuvent seules ou combinées effacer notre poids
démesuré sous lequel tout se casse, jusquà la
branche sur laquelle une partie d'entre-nous sommes encore assis…

A propos
du
contre-Grenelle, quelque chose me dérange et me
déçoit aussi chez les
participants. J'ai écouté quelques interviews, dont celle
de Sophie Divry sur
les « éco-tartuffes », dirigée fortement
contre Nicolas… Hulot.
Il y a
dans son discours – et elle n’est
pas la
seule - à côté de prises de positions tout à
fait justes et légitimes également
une désagréable tendance (le mot est gentil) au
sectarisme et à une
simplification contre-productive...
Elle
oublie et d'autres
critiques du même acabit
semblent l’oublier – travers dans lequel ne tombe pas dans ses articles
Fabrice
Nicolino, par ex. - qu'elle et ils sont redevables, comme nous le
sommes tous,
à Nicolas
Hulot d'avoir popularisé comme pas un(e) la question
écologique et son urgence
planétaire, au-delà des thèmes franchouillards
(typiquement français,
franco-chauvins), de l’avoir littéralement propulsé hors
du cercle des
spécialistes.
C'est
vrai que l'homme se contredit parfois, c'est
vrai qu'il est
piètre en politique (c’est paradoxalement aussi la source de sa
force
actuelle), c’est vrai qu’on dénote chez lui une certaine
naïveté face aux
tenants de la droite, c'est vrai qu'il gâche beaucoup trop avec
certaines
compromissions. Mais il n'en demeure pas moins vrai qu'il a avec son
hélicoptère PLUS fait que des milliers d'autres avec
leurs bonnes intentions
affichées de temps à autre à pieds dans des
« démos » diverses, au café du coin
ou affalés devant leur poste de télévision, et
pour ceux qui dénigrent « la
télé », assis dans la position du lotus. Il en va
de même de Gore qui essuie
des critiques – que dis-je ? (si ce n’était que des critiques !
les critiques,
c’est bien…) – parce qu’il ne se déplace pas à pieds,
etc.
Si tu
n’es pas
comme moi, je te dénonce, mais si tu es comme moi, je ne veux
pas être comme
toi, je te monte dessus…me paraît trop souvent être le
credo inconscient du
sectaire.
Je
prétends connaître un peu (je
généralise et force le trait pour
me faire comprendre) le type majoritaire de personnes participant au
contre-Grenelle. Des tenants du rire, de la convivialité autour
d'un méchoui,
du bon vin, de la cigarette (et j’en passe !), de la plaisanterie, de
l'absence
d'exigence envers soi et les autres. Un radicalisme dans un verre de
vin,
aimerai-je dire.
Pourquoi
? Mais parce qu'ils tendent
(tendent, c'est à dire pas toujours) à forcer
grossièrement le trait pour tout
faire entrer dans le lit de Procuste (« Un lit de Procuste
désigne une
tentative de réduire les hommes à un seul modèle,
à une seule façon de penser
ou d'agir, quitte à réduire à néant en eux
toute personnalité ou toute
originalité » peut-on lire sur Internet) de leur
démonstration.
Voulez-vous
les rejoindre ? Faîtes-vite, s’ils vous acceptent, avant qu’ils
ne vous
accusent de rouler éventuellement au Maroc en 4X4 polluant
(« mais, c’est pour
raisons professionnelles… », direz-vous. « J’en ai un moi,
un 4X4 ? », répondra
l’autre), de fréquenter et donc selon leur méthode
d’explication et de
présentation des choses de s’acoquiner avec les tenants en
uniforme du pouvoir
que sont les E. et F., etc., etc.
Oh, je
précise que je n'ai même pas une voiture et que je n'en
suis pas fier, car je ne parviens pas mieux à conscientiser pour
autant mon entourage... Là où je vis, l'absence de
voiture est un réel handicap...
Mais
reprenons notre raisonnement. Je ne sais pas ce qu’il en est des
conversions
à l’écologie de certains (Aznavour, Noah, etc.,
cités et dénoncés par Sophie
Divry), mais tout bonnement dénigrer leur conversion du fait de
ce qu'ils sont ne permettra pas de gagner
des
millions de cœurs. Autre chose serait de souligner sans méchante
ironie, mais
avec
esprit de suite leurs inconséquences. Mais attention
à la tendance à
tout réduire au désir de protéger des
intérêts économiques. Les réductionnistes
en la matière s’exposent d’ailleurs à se voir reprocher
les mêmes défauts,
c’est à dire dénoncer les autres pour prendre leur place
et remplir leurs
porte-feuilles actuellement vides…
C’est
cette incapacité
là, ce défaut de
communication qui est typique des sectaires qui voulant
apparaître comme les
seuls à défendre l’écologie s’enferment dans un…
verre de vin.
Ce qu’il
faut,
c’est défendre les mêmes positions – et je les voudrais
même plus radicales
(être radical, c’est prendre les choses à leurs racines)
concernant les
questions liées du rapport aux animaux non humains (question du
spécisme) et concernant la surpopulation humaine mondiale. Ceci
tout en étant
plus pédagogique et en maîtrisant mieux le rapport de la
tactique à la
stratégie. Mieux articuler tactique et stratégie, ce
serait ne pas combattre,
ne pas dénoncer, ne pas quasiment insulter Hulot, mais
l’approcher ou lui
écrire et écrire en général dans ce sens,
et lui démontrer - et démontrer par
conséquent aux autres qui l’aiment et le suivent - qu’il y
aurait intérêt à
afficher plus clairement certaines positions et à les
défendre pratiquement.
Alors, dans ce mouvement là, on verrait ce qu’il en est de la
valeur de
certains de ses soutiens argentés (L’Oréal).
Par
ailleurs, c’est une autre
grande erreur que de ne pas mesurer l’importance des médias et
notamment de la
télévision comme instrument de la diffusion du message
écologique.
Il y a
bien
sous-estimation de ce média, puisqu’on s’en prend aux
têtes d’affiches…
Il y a
surestimation de la part des sectaires – et c’est bien pourquoi ils
sont des
sectaires – du niveau de conscience de la majorité des
concitoyens. Un bien
trop bas niveau de conscience lequel est proprement dramatique,
étant donné
l’urgence et les enjeux. Là, la télévision porte
une (co)responsabilité historique
dans la baisse de conscience généralisée
observable, dans la baisse de l’esprit
critique envers les valeurs du système, mais l’inverse est vrai
concernant la
question écologique et peut le devenir encore plus vrai. La
télévision peut –
et elle est en train de l'être – devenir un instrument
très
important de
sensibilisation. Mais à condition d’œuvrer à ce que les
thèmes de l’écologie
partent de nouveau et encore à la conquête de
celle-ci.
Ensuite,
et surtout
parallèlement, il faut relayer « en bas
» de manière habile, en récupérant
intelligemment et sans cynisme les thèmes
popularisés, puis les renvoyer « en haut », leur
faire passer le barrage des censures diverses et variées, et de
nouveau les récupérer « en bas
»...
En
même temps, étant donné la
nouveauté du thème de l’écologie dans les
discussions (et les préoccupations), il y a – c’est certain –
une confusion sur
la responsabilité du capitalisme en tant que mode de production
et de
consommation qui aggrave considérablement les choses. Mais la
confusion ne se
limite pas là, elle existe aussi chez tous ceux qui ne remettent
pas
conséquemment en cause le rapport faussé aux autres
espèces à travers la surpopulation
et l’absence structurelle (économique, sociale, culturelle,
juridique, morale)
de reconnaissance des multiples droits des espèces
animales non-humaines (et pas seulement "sauvages").
Et
là les racines dont se nourrit le
capitalisme
sont aussi celles dont se nourrit la majorité de la gauche
historique qui
tourne autour du mouvement ouvrier et paysan. D’où la crise de
celle-ci, d’où
l’immense confusion régnante. Les revendications en faveur des
droits
économiques et sociaux doivent intégrer centralement, pas
en passant, pas
accessoirement une nouvelle approche, celle de la remise en cause
à tous les
niveaux de l’anthropocentrisme.
Cette question est actuellement encore
largement absente dans sa centralité des thèmes,
préoccupations, luttes,
interventions des tenants – je les appellerai comme ça – de la
convivialité.
Je suis –
je le rappelle – aussi bien
radicalement contre
l’individualisme égoïste et irresponsable que
fondamentalement contre une certaine culture de la convivialité
que je ressens comme un pacte tacite contre
les
non-humains et
donc contre la partie majoritaire de la Nature (l’autre partie, c’est
nous),
celle qui est vraiment indispensable au maintien de la vie.
Toutefois,
je
considère, en prenant du recul, qu’il est bien que toute cette
critique existe,
à condition bien sûr que les positions puissent
évoluer. On peut ainsi passer
de la critique à la critique de la critique. Ce qui compte, ce
n’est pas d’atteindre l’harmonie (pure
absurdité
n’ayant aucune existence en dehors du fantasme), mais l’existence
lancinante de
la question écologique dans les têtes.
Il faut
maintenant encore et encore
PARLER de la
question écologique et des enjeux, DEBATTRE de celle-ci
afin qu’elle imprègne
de plus en plus centralement, de manière quasi-obsessionnelle,
toutes les
autres questions, comme un pivot autour duquel tous les autres
problèmes
tournent et qu’elle se manifeste à chaque fois dans la recherche
des
solutions.
Là,
une fois cette dynamique vraiment
enclenchée, on doit faire
valoir la meilleure approche, c’est à dire la plus
cohérente et la plus
réaliste du point de vue de l’enjeu global et non des
intérêts mesquins,
fussent-ils partiellement légitimes.
En ce
sens, l’existence du
Grenelle
officiel peut devenir une chance. Il offre la possibilité
d’en parler, de
débattre, d’écrire, toutes conditions indispensables pour
agir et non seulement
vibrionner.
Chose
nouvelle, presque extraordinaire, le Monde
Diplomatique qui
avait une nette tendance à n’aborder les questions à
laquelle l’humanité est
confrontée que de manière étroitement politique
(bassement classique) a publié
un numéro hors-série : L’Atlas
de l’environnement
(Analyses et
solutions).
Impensable,
il y a peu encore…
Ce
numéro est
très intéressant, je
le recommande (achetez-le tout de suite), il comprend quantités
d’informations
chiffrées et illustrées, à côté d’un
certain nombre d’analyses intéressantes
qu’il s’agit maintenant de développer, de traduire des millions
de fois dans
les actes.
Va t’on
à la manière de la méthode de certains au
Contre-Grenelle
dénoncer l’utilisation de
la couleur pour illustrer les tableaux ?
Va t’on
reprocher ceci ou
cela au MD,
lequel paraît dans plusieurs langues et consomme beaucoup ( ?) de
papier, etc.,
etc.
Ma
réponse?
Oui, et
non. Mais le oui et le nom n’ont pas le même poids.
A vous de
mesurer leurs poids réciproques. Ainsi va le mouvement, dont on
a besoin...