Cerastes vipera photographié par Michel Aymerich
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Grenelle, anti-Grenelle et écologie
Questions de méthode


Par Michel AYMERICH

L’interview de Stéphane Lhomme, donnée au journal Le Monde et envoyée sur le forum Alerte-Nature-Maroc, est très intéressante. Elle rappelle des données ou nous informe de données peu ou pas connues sur le nucléaire et son rôle prétendu dans la lutte contre le réchauffement climatique...

Nous sommes toujours confrontés à cette illusion dans la recherche de réponses essentiellement technologiques à la crise écologique en nous voilant la face que la vérité fondamentale est que nous sommes beaucoup trop nombreux sur cette planète par rapport aux autres espèces – car c’est bien de ça qu’il s’agit – et que partant toutes les autres « solutions » ne peuvent seules ou combinées effacer notre poids démesuré sous lequel tout se casse, jusquà la branche sur laquelle une partie d'entre-nous sommes encore assis…

Explosion démographique

A propos du contre-Grenelle, quelque chose me dérange et me déçoit aussi chez les participants. J'ai écouté quelques interviews, dont celle de Sophie Divry sur les « éco-tartuffes », dirigée fortement contre  Nicolas… Hulot.

Il y a dans son discours – et elle n’est pas la seule - à côté de prises de positions tout à fait justes et légitimes également une désagréable tendance (le mot est gentil) au sectarisme et à une simplification contre-productive...

Elle oublie et d'autres critiques du même acabit semblent l’oublier – travers dans lequel ne tombe pas dans ses articles Fabrice Nicolino, par ex. - qu'elle et ils sont redevables, comme nous le sommes tous, à Nicolas Hulot d'avoir popularisé comme pas un(e) la question écologique et son urgence planétaire, au-delà des thèmes franchouillards (typiquement français, franco-chauvins), de l’avoir littéralement propulsé hors du cercle des spécialistes.

C'est vrai que l'homme se contredit parfois, c'est vrai qu'il est piètre en politique (c’est paradoxalement aussi la source de sa force actuelle), c’est vrai qu’on dénote chez lui une certaine naïveté face aux tenants de la droite, c'est vrai qu'il gâche beaucoup trop avec certaines compromissions. Mais il n'en demeure pas moins vrai qu'il a avec son hélicoptère PLUS fait que des milliers d'autres avec leurs bonnes intentions affichées de temps à autre à pieds dans des « démos » diverses, au café du coin ou affalés devant leur poste de télévision, et pour ceux qui dénigrent « la télé », assis dans la position du lotus. Il en va de même de Gore qui essuie des critiques – que dis-je ? (si ce n’était que des critiques ! les critiques, c’est bien…) – parce qu’il ne se déplace pas à pieds, etc.

Si tu n’es pas comme moi, je te dénonce, mais si tu es comme moi, je ne veux pas être comme toi, je te monte dessus…me paraît trop souvent être le credo inconscient du sectaire.

Je prétends connaître un peu (je généralise et force le trait pour me faire comprendre) le type majoritaire de personnes participant au contre-Grenelle. Des tenants du rire, de la convivialité autour d'un méchoui, du bon vin, de la cigarette (et j’en passe !), de la plaisanterie, de l'absence d'exigence envers soi et les autres. Un radicalisme dans un verre de vin, aimerai-je dire.

Pourquoi ? Mais parce qu'ils tendent (tendent, c'est à dire pas toujours) à forcer grossièrement le trait pour tout faire entrer dans le lit de Procuste (« Un lit de Procuste désigne une tentative de réduire les hommes à un seul modèle, à une seule façon de penser ou d'agir, quitte à réduire à néant en eux toute personnalité ou toute originalité » peut-on lire sur Internet) de leur démonstration.

Voulez-vous les rejoindre ? Faîtes-vite, s’ils vous acceptent, avant qu’ils ne vous accusent de rouler éventuellement au Maroc en 4X4 polluant (« mais, c’est pour raisons professionnelles… », direz-vous. « J’en ai un moi, un 4X4 ? », répondra l’autre), de fréquenter et donc selon leur méthode d’explication et de présentation des choses de s’acoquiner avec les tenants en uniforme du pouvoir que sont les E. et F., etc., etc.

Oh, je précise que je n'ai même pas une voiture et que je n'en suis pas fier, car je ne parviens pas mieux à conscientiser pour autant mon entourage... Là où je vis, l'absence de voiture est un réel handicap...

Mais reprenons notre raisonnement. Je ne sais pas ce qu’il en est des conversions à l’écologie de certains (Aznavour, Noah, etc., cités et dénoncés par Sophie Divry), mais tout bonnement dénigrer leur conversion du fait de ce qu'ils sont ne permettra pas de gagner des millions de cœurs. Autre chose serait de souligner sans méchante ironie, mais avec esprit de suite leurs inconséquences. Mais attention à la tendance à tout réduire au désir de protéger des intérêts économiques. Les réductionnistes en la matière s’exposent d’ailleurs à se voir reprocher les mêmes défauts, c’est à dire dénoncer les autres pour prendre leur place et remplir leurs porte-feuilles actuellement vides…

C’est cette incapacité là, ce défaut de communication qui est typique des sectaires qui voulant apparaître comme les seuls à défendre l’écologie s’enferment dans un… verre de vin.

Ce qu’il faut, c’est défendre les mêmes positions – et je les voudrais même plus radicales (être radical, c’est prendre les choses à leurs racines) concernant les questions liées du rapport aux animaux non humains (question du spécisme) et concernant la surpopulation humaine mondiale. Ceci tout en étant plus pédagogique et en maîtrisant mieux le rapport de la tactique à la stratégie. Mieux articuler tactique et stratégie, ce serait ne pas combattre, ne pas dénoncer, ne pas quasiment insulter Hulot, mais l’approcher ou lui écrire et écrire en général dans ce sens, et lui démontrer - et démontrer par conséquent aux autres qui l’aiment et le suivent - qu’il y aurait intérêt à afficher plus clairement certaines positions et à les défendre pratiquement. Alors, dans ce mouvement là, on verrait ce qu’il en est de la valeur de certains de ses soutiens argentés (L’Oréal).

Par ailleurs, c’est une autre grande erreur que de ne pas mesurer l’importance des médias et notamment de la télévision comme instrument de la diffusion du message écologique.

Il y a bien sous-estimation de ce média, puisqu’on s’en prend aux têtes d’affiches…

Il y a surestimation de la part des sectaires – et c’est bien pourquoi ils sont des sectaires – du niveau de conscience de la majorité des concitoyens. Un bien trop bas niveau de conscience lequel est proprement dramatique, étant donné l’urgence et les enjeux. Là, la télévision porte une (co)responsabilité historique dans la baisse de conscience généralisée observable, dans la baisse de l’esprit critique envers les valeurs du système, mais l’inverse est vrai concernant la question écologique et peut le devenir encore plus vrai. La télévision peut – et elle est en train de l'être – devenir un instrument très important de sensibilisation. Mais à condition d’œuvrer à ce que les thèmes de l’écologie partent de nouveau et encore à la conquête de celle-ci.

Ensuite, et surtout parallèlement, il faut relayer «  en bas » de manière habile, en récupérant intelligemment et sans cynisme les thèmes popularisés, puis les renvoyer « en haut », leur faire passer le barrage des censures diverses et variées, et de nouveau les récupérer « en bas »...

En même temps, étant donné la nouveauté du thème de l’écologie dans les discussions (et les préoccupations), il y a – c’est certain – une confusion sur la responsabilité du capitalisme en tant que mode de production et de consommation qui aggrave considérablement les choses. Mais la confusion ne se limite pas là, elle existe aussi chez tous ceux qui ne remettent pas conséquemment en cause le rapport faussé aux autres espèces à travers la surpopulation et l’absence structurelle (économique, sociale, culturelle, juridique, morale) de reconnaissance des multiples droits des espèces  animales non-humaines (et pas seulement "sauvages").

Et là les racines dont se nourrit le capitalisme sont aussi celles dont se nourrit la majorité de la gauche historique qui tourne autour du mouvement ouvrier et paysan. D’où la crise de celle-ci, d’où l’immense confusion régnante. Les revendications en faveur des droits économiques et sociaux doivent intégrer centralement, pas en passant, pas accessoirement une nouvelle approche, celle de la remise en cause à tous les niveaux de l’anthropocentrisme. Cette question est actuellement encore largement absente dans sa centralité des thèmes, préoccupations, luttes, interventions des tenants – je les appellerai comme ça – de la convivialité.

Je suis – je le rappelle – aussi bien radicalement contre l’individualisme égoïste et irresponsable que fondamentalement contre une certaine culture de la convivialité que je ressens comme un pacte tacite contre les non-humains et donc contre la partie majoritaire de la Nature (l’autre partie, c’est nous), celle qui est vraiment indispensable au maintien de la vie.

Toutefois, je considère, en prenant du recul, qu’il est bien que toute cette critique existe, à condition bien sûr que les positions puissent évoluer. On peut ainsi passer de la critique à la critique de la critique. Ce qui compte, ce n’est pas d’atteindre l’harmonie (pure absurdité n’ayant aucune existence en dehors du fantasme), mais l’existence lancinante de la question écologique dans les têtes.

Il faut maintenant encore et encore PARLER de la question écologique et des enjeux, DEBATTRE de celle-ci afin qu’elle imprègne de plus en plus centralement, de manière quasi-obsessionnelle, toutes les autres questions, comme un pivot autour duquel tous les autres problèmes tournent et qu’elle se manifeste à chaque fois dans la recherche des solutions.

Là, une fois cette dynamique vraiment enclenchée, on doit faire valoir la meilleure approche, c’est à dire la plus cohérente et la plus réaliste du point de vue de l’enjeu global et non des intérêts mesquins, fussent-ils partiellement légitimes.

En ce sens, l’existence du Grenelle officiel peut devenir une chance. Il offre la possibilité d’en parler, de débattre, d’écrire, toutes conditions indispensables pour agir et non seulement vibrionner.

Chose nouvelle, presque extraordinaire, le Monde Diplomatique qui avait une nette tendance à n’aborder les questions à laquelle l’humanité est confrontée que de manière étroitement politique (bassement classique) a publié un numéro hors-série : L’Atlas de l’environnement (Analyses et solutions).

Impensable, il y a peu encore…

Ce numéro est très intéressant, je le recommande (achetez-le tout de suite), il comprend quantités d’informations chiffrées et illustrées, à côté d’un certain nombre d’analyses intéressantes qu’il s’agit maintenant de développer, de traduire des millions de fois dans les actes.

Va t’on à la manière de la méthode de certains au Contre-Grenelle dénoncer l’utilisation de la couleur pour illustrer les tableaux ?

Va t’on reprocher ceci ou cela au MD, lequel paraît dans plusieurs langues et consomme beaucoup ( ?) de papier, etc., etc.

Ma réponse?

Oui, et non. Mais le oui et le nom n’ont pas le même poids. A vous de mesurer leurs poids réciproques. Ainsi va le mouvement, dont on a besoin...

Michel AYMERICH

Voir également: http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=112


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