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Joli Grenelle, sacré
Grenelle !
La France mytho?
Par Michel TARRIER
« La mythomanie
est une tendance au
mensonge pouvant aller jusqu'à altérer durablement la vie
sociale. Il a été
observé que le mythomane ment souvent parce qu'il craint la
réaction (de
dévalorisation, par exemple) qu'entraînerait l'aveu de la
réalité.
Cette
pathologie entraîne
un handicap social
important dans les cas où le malade procède à des
altérations mineures et
crédibles de la réalité. L'aveu étant
souvent ou presque toujours accompagné de
réactions négatives de l'entourage, la mythomanie tend
à s'auto-entretenir.
Contrairement
au menteur, le mythomane n'est pas
totalement conscient de son mensonge (Tartarin « ne ment pas
; il se
trompe », écrit Daudet). »
(Selon Wikipédia)
Le
25 octobre 2007, l’éléphant qui
trompe énormément accouche d’une souris verte.
Après quatre mois de réunions et
de débats entre syndicats, patronat, collectivités
locales, écologistes et
représentants des pouvoirs publics, agitation doublée
d’une communication
hyperbolique, le Landerneau de l’écologie annonce la
couleur : rien !
Mais que s’est-il passé pour qu’on en parle autant ? Toujours rien, sinon la sempiternelle
poudre aux yeux et
aux lucarnes médiatiques lancée à
l’écocitoyen par une bourgeoisie
néoconservatrice qui n’est pas prête de raccrocher. Mais
c’est tout de même un
cran au-dessus du négationnisme écologique de certains
autres : à force de
se draper dans les habits de la vertu environnementale, les imposteurs
rendent
à leur façon hommage à leurs adversaires
idéologiques. À ceux dissidents qu’ils
invectivaient hier encore en les traitant d’idéalistes, de
demeurés, d’excités,
d’intégristes, de gauchistes, de traîne-savates, de
nostalgiques, d’ennemis du
progrès, de faux-prophètes. Voici ces derniers devenus de
respectables
interlocuteurs, légitimés, intégrés,
honorés, bien assis et admis sous les ors
élyséens, avec un fil à la patte et
l’innocuité inoculée. On ne pouvait
meilleure action antalgique pour faire des gueux, objecteurs de
croissance qui
encore hier hurlaient au viol de la planète, des sujets
écologiquement corrects
et fédérés par un néolibéralisme
repeint de vert novateur. Et les ONG sont
enfin caressées dans le sens du poil, leurs pontifes sont
flattés. Ce fut un
beau tour de passe-passe pour plaire à une galerie
angoissée par l’avenir
planétaire, sans renoncer le moins du monde à la
règle des intérêts de bout en
bout, sans lâcher les fidèles partenaires de
l’impérialisme énergétique,
semencier, phytosanitaire et agroalimentaire. Les écologistes
ont été détroussés
à leur insu, le système dominant s’est accaparé le
discours sans y croire un
instant. Obtenir ce consensus d’une société a priori peu
portée au souci
écologique est une très bonne chose, mais faire croire
à des solutions miracles
qui de toute évidence en resteront à leur effet
d’annonce, qui plus est
désamorcer l’inquiétude en installant dans les esprits
citoyens l’option
grotesque d’une garantie d’économie désormais positive,
est grave parce que
mensonger. « Réparer
la planète » ? Il faut vraiment vouloir
désinformer pour faire un titre de cette assertion hasardeuse.
Quand on sait
dans quel état elle se trouve, la planète. Bien
sûr, c’est porteur, c’est
vendeur. Comme il est difficile d’avoir du succès quand on n’est
pas
démagogue ! Et puis la modeste France n’est pas la
planète. Si tant est
que de louables actions soient entreprises – et il faut les
entreprendre –
elles ne seraient qu’à un cauter bleu-blanc-rouge sur une jambe
de bois
planétaire. Réinvestir nos trois jachères de
Lozère en cultures biologiques ne
pèsera pas lourd dans la balance face au Brésil qui
défriche pour faire de
l’agrocarburant (objectif national pour 2010 : 240 millions
d’hectolitres), nous ne nourrirons pas ainsi ceux qui fuient le Sahel
desséché,
et une écopastille bien sympathique n’est pas un défi
à une Chine qui s’éveille
dans la plus faramineuse et mortifère des pollutions. Des
réponses fausses et
rassurantes ont été données à des questions
vraies. À partir de maintenant,
l’écologisme franchouillard, encadré et
désinfecté de ses agitateurs,
accompagnera la destruction des restes.
Ce 25 octobre restera la date de l’écologie biaisée.
Jusqu’à plus ample informé, le capitalisme (même le
mot a pris un coup de
vieux !), pourfendeur de la Nature, est tenu par des
intérêts plus forts
que les propos et les envolées des quelques hurluberlus et
autres végétariens
anti-nucléaires. Les fossoyeurs du Vivant demeurent les gardiens
cruels de tous
les lobbies de la mort et de la prévarication. Lorsque la
société de la frime,
des discours trompeurs et des mots trahis, disserte sur la
biodiversité et la
sauvegarde de la planète, les lucides, les inquiets et les
victimes, roulés
dans la farine, n’ont plus rien à espérer de concret. Ce
grand déballage qui
promettait vingt mesures exemplaires a accouché de mesurettes
symboliques mais
le succès est énorme : l’opinion publique se
souviendra que les
néoconservateurs parlent écologie. Définitivement.
Grenelle n’aura pas été
qu’un confetti : il a désamorcé pour toujours en
France toute velléité
noble, sincère et légitime, cette voix insoumise,
insurgée, criée par les
sans-culotte et qui, quoi qu’on en pense et dise, faisait l’opinion
publique
républicaine. L’écologie humaine est muselée. Le
roitelet est un tacticien de
haut vol, merci à ceux qui l’ont choisi. Forçant de tous
ses vœux électoraux à
une liquidation de l’héritage de Mai 68 qui, selon lui, mit
à bas les valeurs,
il puise à la louche dans le dit héritage pour s’en
accaparer l’idée d’une
verte révolution. Il n’y a pas davantage esprit 68 que les
accords sociaux de
Grenelle et l’idée d’une planète écologiquement
solidaire. Simultanément, un
transfuge du socialisme nommé Attali, prince du micro
crédit à taux usurier
pour perdants du Sud, économiste aux pieds nus cautionnant sans
pudeur ses velléités
bancaires de la marque de Gandhi que le saint homme aurait voué
aux hégémonies,
a tenté de dénoncer le principe de précaution en
l’accusant de handicap au
développement. Se rendant compte qu’il n’y a pas de durable sans
précaution, le
banquier écrivain au grand cœur fit volte-face. 2007 aura
été un bon cru pour
l’espoir vaincu.
Six groupes de travail (climat, biodiversité, gouvernance,
santé environnement, agriculture, promotion de modes de
développement
écologiques) ont planché sous la houlette de Jean-Louis
Borloo, exalté
environnemental comme en atteste son parcours (!) et de Nathalie
Kosciusko-Morizet, secrétaire d’état à
l’écologie, brillante polytechnicienne
issue d'une grande famille politique française descendant
(avant le Ministère de l’identité nationale) du patriote
polonais Tadeusz
Kosciusko et mariée à un proche collaborateur du leader
de l’aéronautique EADS
du groupe Lagardère (second sujet de l’actualité
parallèlement au Grenelle…). Un
millier de propositions ont été avancées au cours
des discussions, lesquelles
suggestions, passées au crible, ont débouché sur
quelques plans d’action dont
l’application sera mesurable dans le temps.
Cette OPA des affairistes sur l’écologie et qui prétend
avoir lancé un signal était un évident
marché de dupes aux ficelles flagrantes.
C’est dès les années 1960 que le signal fut lancé,
et étouffé par ces mêmes
gens. La synthèse du Grenelle ne fut que laconismes en veux-tu,
en voilà. La
taxe carbone reste à l’étude et en discussions ; la
fiscalité environnementale
est renvoyée en touche puisqu’il faut l’imposer à
l’Europe ; bras de fer
sur les produits pesticidaires et un bémol quant à en
baisser de moitié
l’emploi dans les dix ans à venir ; gel temporaire et bref
moratoire sur
les OGM, initiative française qui ne mange pas de pain puisque
contraire à la
décision européenne, avec à la clé un
non-renoncement aux « OGM de
l’avenir » ; un plan Marshall au double langage pour
les transports
(énergies et moteurs du futur) et une politique prioritaire des
transports en
commun avec basculement du routier vers le ferroviaire et le
ferroutage
des camions (tous d’accord pour des livraisons en 2 semaines au lieu de
24 h
chrono, même les hypermarchés ?!) ; une
écopastille, taxe sur les
véhicules polluants, « est en bonne voie »
pour substituer à une
réduction de 10 km/h sur routes, écartée par les
Français finalement pressés
(d’en finir !) ; une rénovation du parc immobilier sur
un modèle
écologique (le coût est estimé à 600
milliards d’euros dont nous n’avons pas le
premier) ; et quid de la biodiversité : trois options
gadgets ?
Une loi sur les mesures annoncées serait présentée
au Parlement dans les mois
qui suivent.
Ce qui n’a pas été mis au rancard, comme le
nucléaire et pour
cause puisque nous sommes au lendemain d’avoir refourgué nos
centrales à la
Libye ennemie et au Maroc ami, n’est que trop insuffisamment
contraignant pour
oser espérer inverser les tendances. Où est la
révolution verte annoncée, où
est le nouveau choix de société ? Dans un coup
fourré de consensus mous,
de leurres, de volte-face, de mille reports aux calendes
grecques ? Des
flous, des promesses, et après ? Le Grenelle de
l’environnement fut
surtout le grand couac de l’écologie. Et le capitalisme pur et
dur s’évertue à
devenir durable, n’en déplaise à la flagrante
contradiction des genres.
Tout
le monde semble avoir salué l’aboutissement du Grenelle de
l’environnement,
victoire comme l’on clamé les médias à la botte de
l’illusoire. Victoire, cela
en est une pour les adeptes des compromis mous, des
ambiguïtés, des reports,
des moratoires flasques. Des débats constructifs, des
discussions
satisfaisantes, des accords implicites et sans calendrier, un clin
d’œil de bio
dans les cantines et pas mal de pirouettes, c’est au mieux le vrai
bilan. Mais
ce n’est pas une victoire pour ceux qui pensent qu’il y a urgence
planétaire.
« Pour sauver la
planète, c’est maintenant ou jamais » a
même
proclamé le même jour l’ONU, organisme convenu et pourtant
ici discordant.
C’est officiellement urgent depuis 1987 et le rapport Brundtland (Notre
avenir
à tous). Mais vingt ans après, maintenant c’est encore
demain. Vingt ans déjà,
que cela passe vite vingt ans.
Fin du feu de paille. Le lendemain sortait le
nouvel Harry Potter. On dit que ce sera le dernier. Oiseau de mauvais
augure,
je prends date pour dans peu de temps, celui de se réveiller de
l’effet cathartique, pour prédire qu’on se souviendra du
Grenelle de l’environnement comme d’un pathétique tintamarre.
Michel Tarrier
Examen
de minuit du 25 octobre 2007.
Me suis-je mal expliqué ?
Je serais satisfait que mon
pays, au moins
mon pays, change de cap et commence à comprendre la
fragilité de la biosphère,
ce que savaient et savent depuis la nuit des temps les peuples premiers
que
nous avons massacrés et que nous massacrons encore. Si je
cherche à relativiser
l’actuelle euphorie ambiante, c’est que de toute
évidence il faudra plus
de 50 ans pour changer nos habitudes, notre culture, notre politique,
notre
économie et que crier victoire est bien facile ; qu’en
raison du long
chemin parcouru dans la cécité écologique le gros
de la planète vit dans
l’urgence alimentaire et sanitaire et ne risque pas d’entendre un
discours
incantatoire promus par les nantis d’une écologie des beaux
quartiers ; et
qu’enfin – remenber - notre président est tout sauf
sincère. Tout le
monde fait semblant d’oublier que la mue écologique de Nicolas
Sarkozy (Prix
Nobel de la duplicité ) fut propulsée par la
nécessité électorale, que d’abord
sceptique sur les enjeux écologiques et peu spontané
à signer le Pacte
écologique – juste cause – il en fit rapidement sa bouée
verte.
Il était
intéressant, hier 28 octobre, en
zappant d’une télé à une autre, de passer de
l’engouement unanime (même de
Greenpeace) pour festoyer l’an 1 de la nouvelle révolution verte
et de ses
contraintes, à un reportage sur tel hôtel de Chamonix
satisfait de recevoir
enfin des touristes de… l’Inde. Que les promoteurs du tourisme sachent
bien que
les Indiens favorisés par une élévation de leur
niveau de vie n’auront plus à
parcourir des milliers de kilomètres pollueurs pour une semaine
de détente
entre Mont Blanc et Tour Eiffel. Personne n’ignore qu’encore en 2050,
le
tourisme souhaité restera celui-là ! Et tout à
l’avenant. Mais
forçons-nous à l'optimisme.
Michel Tarrier
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