Nous
sommes dans la 6e
extinction" massive d'espèces...
"Nous sommes dans la
6e extinction" massive d'espèces, indique Hubert Reeves,
président de la ligue Roc de défense de la nature. "Tout
au long de la vie de la planète,
il y a eu des évènements perturbateurs qu'on appelle des
extinctions. Ce sont
des périodes marquées par des diminutions très
graves du nombre d'espèces
vivantes", explique-t-il.
La dernière
en date est celle des dinosaures,
probablement provoquée par la chute d'une
météorite sur terre il y a 65
millions d'années.
Mais aujourd'hui, c'est l'action de l'homme qui entraîne
l'érosion de la
biodiversité par la fragmentation du territoire, les pesticides,
la toxicité,
la destruction des forêts, souligne ce scientifique à la
barbe fleurie qui
partage son temps entre le Québec, sa province natale, et la
France.
"Nous atteindrons probablement d'ici 2050 des nombres impressionnants
d'espèces
éliminés, on parle de 40 à 50%",
précise-t-il.
Certaines
espèces comme les
mammifères ont profité de la disparition des dinosaures.
Mais aujourd'hui,
"les mammifères de plus de 3 kilos sont dans le collimateur,
donc
l'homme", avertit Hubert Reeves.
Et l'humanité
joue un triple rôle dans
cette extinction: "Elle en est responsable; elle en est une victime
potentielle; et elle peut également en être le sauveur
possible",
estime-t-il.
Pour autant,
l'astrophysicien, auteur de nombreux ouvrages sur l'origine
de l'univers, se défend de tout catastrophisme.
"Il ne s'agit pas de
dire
ce qui va se passer mais ce qui pourrait se passer si nous continuons
comme
nous le faisons actuellement", fait-il remarquer.
Ce qui est à
craindre, ce n'est pas "une réelle disparition de
l'humanité
mais son affaiblissement majeur à l'échelle de quelques
décennies",
précise-t-il.
C'est le
scénario de l'île de Pâques: "il restait encore des
gens sur cette île où tous les grands arbres avaient
été coupés quand les
premiers explorateurs hollandais l'ont découvert vers 1725, mais
la population
avait diminué jusqu'à 10% de sa valeur antérieure,
et les survivants étaient
dans un état lamentable. C'est le genre de scénario
catastrophe que l'on
voudrait éviter", indique-t-il.
La ligue Roc
organise un colloque sur la
biodiversité au Sénat le 15 novembre avec les
sénateurs Marie-Christine Blandin
(Vert) et Jean-François Le Grand (UMP).
"Nous allons essayer
de montrer que cette crise est trop grave pour en
rester au niveau des clivages politiques", commente HubertReeves.
Sur ce
point, il se déclare "admiratif" du travail de l'animateur
écologiste
Nicolas Hulot qui a présenté mardi son "Pacte pour
l'Ecologie" (Calmann-Lévy),
estimant qu'"il n'a pas la langue de bois".
Et il avertit: "si
nous ne nous occupons pas tous ensemble de l'environnement,
l'environnement va
s'occuper de nous".
Car le processus est
"irréversible à courte
échelle (...) la destruction de la biodiversité va se
poursuivre (...) on ne
retrouvera jamais la richesse biologique, animale et
végétale, de la terre
telle qu'elle était en 1900", estime-t-il.
"Ce qui ne veut pas
dire que c'est foutu. On peut vivre dans des
conditions différentes mais des conditions de plus en plus
difficiles",
ajoute-t-il, soulignant l'urgence d'une mobilisation.
Le rapport Stern,
qui a évalué à plus de 5.500 milliards d'euros le
coût du
réchauffement climatique, devrait contribuer à cette
mobilisation: "on
peut imaginer que les gens se fichent des papillons et des grenouilles,
mais
pas des dollars", commente le scientifique, soulignant que les deux
phénomènes - érosion de la biodiversité et
réchauffement climatique - sont
étroitement liés.
"Nous sommes 6
milliards, nous pourrions arriver à 9 ou 10 milliards dans
50 ans. Comment faire vivre 10 milliards de personnes sans rendre la
planète
inhabitable. C'est le plus grand défi posé à
l'humanité", résume-t-il.
Publié le:
08/11/2006 à 12:56:09 GMT
Source : AFP
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