Ce onzième commandement
« Nous savons
que,
jusqu'à ce jour, la création tout entière soupire
et
souffre les douleurs de l'enfantement. »
Paul (Romains 8 :22)
« Les idoles
et les
notions fausses s’étant emparées de l’entendement
humain s’y sont fixées profondément et assiègent
l’esprit au point que la
vérité y trouve un accès difficile ; (…)
à moins qu’étant avertis, les
hommes ne s’en protègent, autant qu’il est possible. »
Francis Bacon
« La
perfection
évangélique
n'est que l'art funeste d'étouffer la nature... »
Denis Diderot
« Le
comportement
borné des
hommes en face de la nature conditionne leur comportement borné
entre eux. »
Karl Marx
« La Bible ne nous
enseigne
pas
comment est fait le ciel mais comment y aller. »
Robert Lenoble
« La Terre tu
respecteras, les ressources, les plantes et les bêtes tu honoreras »,
« Tu aimeras ta planète comme
toi-même », ou quelque chose comme
ça ! Où est ce Onzième
commandement ? Existe t’il l’ombre d’un péché contre
la Nature, ou le
contre-nature est-il réduit par l’Église et les
préjugés à « l’amour par
derrière » ?
« Alors,
mon fils, en quoi as-tu péché cette
semaine, as-tu eu de mauvaises pensées, de mauvaises actions,
as-tu mal agis
envers Notre Seigneur, envers les autres, envers toi-même ?
Confesse-toi,
mon fils… ! ». Quand on a une dizaine
d’années et que l’on
s’agenouille pour une autopsie de l’âme devant ce transsexuel
d’une morale caduque
en robe noire, cette ombre d’ange exterminateur aux funestes
présages, ce
spectre morbide, aux relents de nécrose et jailli des limbes,
qu’est monsieur
le curé plus ou moins pédophile, on peut toujours avouer
– pour être en règle -
qu’on a tripoté sa bistouquette en rêvant au sexe d’un
ange ou qu’on a volé trois sous dans le
porte-monnaie de maman, histoire de s’inventer quelques
péchés véniels et d’en
être absout, comme il se doit. Mais jamais, dans la
conformité coupable du
confessionnal (le meuble-isoloir, éjacularium de l’âme,
vaut déjà à lui seul
son pesant d’absolution…), je n’ai entendu : « Alors,
mon fils, as-tu piétiné une plante,
écrasé une chenille, aplati
une araignée, enfermé ou déplumé un oiseau,
as-tu partagé la viande d’un animal
élevé pour être mangé, t’es-tu réjoui
du spectacle du cirque ou du zoo, t’es-tu
détourné des beautés de la
Création ? ».
Le macabre site
confessionnel n’est déjà pas très agreste,
même si l’autel se pare de fleurs
décapitées, à senteurs de Tousaint, comme offrande
au plus crucifié des
trépassés. Pouvais-je avouer qu’en petit
herpétologue païen, j’avais tenté la
veille de noyer un camarade en lui maintenant la tête sous l’eau
d’un bassin
parce qu’il avait volontairement fait fuir mes grenouilles et mes
tritons ? Certainement pas, je pressentais que les
péchés
« branchés » étaient seuls ceux en
relation avec le génital, la
propriété, la vie de l’homme, mais rien qui puisse avoir
un quelconque rapport
avec le végétal, l’animal ou le paysage. Pour le
théocrate, la Nature est une
création « froide », figée,
donnée comme tel, ne méritant pas
l’adoration. Elle n’incite pas davantage à s’excuser d’exactions
quelconques
commises à son endroit. Dans la crèche, l’âne et le
bœuf ne sont que des
« chauffages » qui réchauffent de leurs
haleines le nouveau-né Jésus,
l’âne est une bête de somme, le bœuf est un animal de
trait, les chameaux des
rois mages sont lourdement chargés de cadeaux, un agneau est
offert par Abel,
des animaux sont immolés par Noé, un bouc providentiel
est mis à mort
par Abraham, Aaron, frère
de Moshé (Moïse), sacrifie des
animaux, le bestiaire biblique fait déjà l’apologie de
l’animal machine et de
l’animal alimentaire. Pourtant, certains exégètes
prétendent que Jésus, comme
les premiers chrétiens, était végétarien.
Au sein de
l’incommensurable fatras
mystificateur de
l’Église, de ses échafaudages pour opposer
humanité et Nature, mettant tout en
œuvre pour inciter l’homme tant à se reproduire
inconsidérément qu’à fusiller
la Nature, la négation de l’âme animale, la restriction de
l’intelligence et de
l’affectivité animales à un simple instinct non-humain
eut des conséquences effroyables.
Même si à ce jour, l’essentiel de l’Occident catholique se
dit athée, les
méfaits se poursuivent par l’ancrage des habitudes culturelles.
Avant de
pénétrer dans l’arène, le torero se signe de la
croix, on tue le cochon le jour
du saint patron, la messe de la Saint-Hubert consacre la chasse
à courre, la
plupart des vivisecteurs et des bouchers fréquentent les
églises, les temples
et les mosquées…
-Selon les traditions
bibliques, les Dix Commandements (littéralement
« les Dix Paroles » sont
un ensemble écrit d’instructions religieuses et morales,
reçu par Moïse sur le
Mont Sinaï. Dans la Torah, Dieu transmet ces préceptes sous
l’aspect de tables
gravées (les tables de la Loi) « du doigt de
Dieu ». Les Dix
Commandements sont tous exclusivement axés sur une morale
anthropocentriste.
L’absence d’une Onzième parole d’essence environnementale,
l’inexistence de
toute faute à l’endroit du Vivant et de la biosphère,
font que depuis 6 000 ans
le judaïsme et le christianisme incitent à une inconduite
totale vis-à-vis de
la Nature, que l’éco-pécheur coule des jours heureux,
massacrant tout sans être
entaché du moindre indice de culpabilité. Bien au
contraire, le tueur en série
est un héros, la cruauté écologique est implicite
aux monothéismes !
Culpabiliser le sexe et inciter à l’écocide sont les
meilleures raisons de
déserter ces religions, pour rejoindre, par exemple, les
bouddhistes. Cette
question essentielle du décalogue, non doté d’une seule
parole pour moraliser
le comportement du croyant à l’égard du milieu naturel
dont il dépend, est
posée avec insistance depuis les années 1970.
L’oligarchie
théocratique tente présentement d’y remédier,
de se relooker de se teindre en vert, ne serait-ce que pour ne pas trop
perdre
de fidèles, de plus en plus infidèles depuis qu’ils sont
au pied du mur des
dégâts inspirés de l’incurable religion
anachronique. Sans convaincre personne.
Dans le numéro 18 de la revue Nouvelles Clés (Une
nouvelle conscience pour la
planète), François Mazure, qui communique sur le sujet,
rapporte : « Une
théologie
qui coupe l’être et
la nature n’est plus de mise aujourd’hui ou nous sommes guettés
par des
catastrophes écologiques. Certains Américains l’ont
compris et défendent l’idée
d’une méta-écologie où spiritualité
et religion doivent défendre la création du saccage qui
se poursuit malgré les
cris d’alerte. (…) Aux
États-Unis, Dieu vient d’entrer dans la bataille pour sauver la
planète. »
Se référant à un déclin du spirituel
survenu dès les années 1980 avec la
mondialisation et l’incitation des intérêts privés,
et bien que l’écologisme
soit dans l’air médiatique du temps, il en conclut à une
plus grande
indifférence environnementale : « À
nouveau, les intérêts privés - grands
forestiers, conglomérats des mines,
certaines industries - se sentent protégées en haut
lieu, n’épargnent plus
la nature et lui portent des coups dévastateurs.
Dans les milieux
écologistes américains, depuis quelques temps,
c'était un peu la panique. (…) On dit
qu’il vaut mieux faire appel
au Bon Dieu qu’à ses saints. Avec leur enthousiasme sans
complexe, c’est
exactement ce que les Américains ont fait. À l'appel des
écologistes
d’outre-Atlantique, Dieu lui-même vient d’entrer dans la bataille
pour sauver
la planète. » « Vous comprenez
(développe l’évêque
protestant Peter Kreitler, de Los Angeles, à l’auteur qui
l’interroge), il
fallait être clair : l’écologie ce n’est pas vraiment
un problème
politique. C’est un problème éthique, un problème
de responsabilité. Je dirais
aussi que c’est un problème religieux. Dieu nous a placé
sur cette Terre pour
en prendre soin, pas pour la saccager. » Pour une
fusion
œcuménique
avec les écologistes, le Jour de la Terre du 22 avril est
maintenant célébré
dans de nombreuses églises, tout comme à New York, le
jour de la Saint François
d’Assise, la cathédrale Saint-John-The-Divine consent à
une opération porte
ouverte au profit d’une pathétique ménagerie d’animaux
domestiques ou détenus
dans des cirques, à la gloire du Vivant. Un
éléphant aurait même fait son
entrée dans ce magasin de porcelaine bien-pensant et qui ne dira
surtout rien
sur la condition animale approuvée. À San Francisco, en
1998, des religieux se
sont même fait activistes pour sauver de la tronçonneuse
d’anciennes forêts de conifères
menacées de destruction imminente, réclamant pour ces
arbres la protection
divine. N’est-ce pas beau, tout ça ?
Michel Tarrier
Extrait de L’homme
contre-nature
Essai (À
paraître).
| "Pour un
système idéaliste, les animaux jouent virtuellement le
même rôle que les juifs dans un système fasciste" (T. Adorno). Voir la page... |
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la Charte du
Respect des Espèces et des Ecosystèmes
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