Réflexions d'un autre type : De la
signification et des conséquences du massacre des serpents sur
les hommes
"La loi
de la majorité n'a rien à dire là ou la
conscience doit se prononcer." (Gandhi)
Par Michel AYMERICH
Face
à la profonde barbarie
- il n'y a pas d'autre adjectif objectif - multiforme et
omniprésente qui
caractérise selon mes observations quotidiennes les "cultures"
(beau
mot pour caractériser d'insoutenables pratiques) dominantes
et leur culte du
machisme, du sexisme, du racisme, du spécisme
(discrimination envers ceux qui sont sans plus de réflexion
qualifiés d'
"animaux" en opposition à l'Homme!) et de la violence
structurelle qui en est la cause et
le corollaire, l'envie me démangeait depuis longtemps de porter
un coup
moral aux tueurs de serpents (venimeux ou non).

Serpent inoffensif (couleuvre fer à cheval) tué au Maroc
pendant la digestion d'un agame, dont les pattes lors du processus de
décomposition du serpent ont traversé la peau de ce
dernier.
©Photo
Michel Aymerich
C'est
pourquoi j'ai décidé d'introduire un petit texte en guise
d'introduction dans le
diaporama de présentation des serpents du Maroc, visible sur ce
site (voir lien ci-dessous)-
une présentation rappelons-le qui n'avait jamais eu pour but en
soi de montrer des images
de serpents et de m'autosatisfaire de la présentation
de toujours plus d'espèces de ce pays...
L'attitude
envers les serpents est pour moi une pierre de touche morale, logique
et éthique, car ils représentent, notamment avec les
araignées et les scorpions, les animaux mal aimés sans
lesquels le respect authentique et conséquent de la Nature est
impossible. Cette
dernière ne peut en effet être privée d'une partie
importante sinon essentielle de ses composantes, d'après les
critères arbitraires habituels gouvernant les
sociétés
caractérisées par l'état d'agression contre la Nature
commencé depuis le néolithique et devenu actuellement un état de
guerre permanent contre celle-ci.
" L"agression se développera dans
tous les domaines, quadruplement favorisée dans
le domaine technologique par un accroissement vertigineux de puissance;
dans celui de la pensée, par l'avènement de l'esprit
scientifique; dans celui des religions monothéistes, par un
extraordinaire épanouissement des aspects les plus discutables
de l'anthropocentrisme, l'orgueil, l'absence de sympathie pour les
autres êtres vivants, la mystique de l'homme " roi de la
création", etc.; enfin dans celui des structures
socioéconomiques, par le passage d'une économie de
subsistance largement compatible avec le caractère communautaire
des civilisations traditionneles, à un système
individualiste fondé sur le profit et prêt à
écater de son horizon limité tout ce qui ne se
révèlera pas immédiatement "rentable".
(Théodore Monod, Et si
l'aventure humaine devait échouer)
Les hommes qui
tuent
systématiquement les serpents ou toutes autres
espèces sauvages (ou
non) considérées comme "dangereuses",
"antipathiques", "répugnantes" ou "nuisibles"
(par ex., les chacals au Maroc ou les loups en France) sont les
représentants des formations
économiques et
sociales qui ne respectent pas les habitats, les milieux, les
écosystèmes et
par conséquent l'ensemble de
la planète. Cet ensemble
forme en effet un tout aux parties interdépendantes
et indissociables.

Plastiques, lessives,
piles et autres déchets sont jetés dans l'oued parce
qu'on ne pense pas aux habitants de l'eau (poissons, grenouilles,
insectes, serpents, etc.) La conséquence en est la mort de ses
habitants et l'empoisonnement des hommes!!!
©Photo
Michel Aymerich
Ce
faisant, ces hommes, ces femmes, ces enfants détruisent
directement ou indirectement des millions d'autres "hommes". Des
enfants, des femmes et des hommes des cultures (sans guillemets!)
de chasseurs-cueilleurs, mais aussi ceux de leurs propres
"cultures"!
Le
diaporama "Les serpents du Maroc"
présente une partie des
serpents de ce pays (19 sur 25
espèces existantes). Ce faisant, le but poursuivi est de
présenter ces
espèces afin de contribuer à changer le regard envers les
serpents du
Maroc perçus comme étant tous dangereux. Ce qui est faux!
17 espèces
sont complètement ou relativement inoffensives. Les 8
espèces restantes
sont souvent moins répandues et n'attaquent jamais. Les
affirmations contraires reposent sur un défaut d'observation et
surtout sur la confusion intellectuellement peu honnête entre une
réaction défensive parfaitement légitime et une
supposée agressivité...
Que
devrait-on dire d'un violeur qui pour justifier l'assassinat de sa
victime argumenterait que celle-ci était "agressive"?
Le
rôle écologique
des serpents est indéniable, ce que l'on ne peut hélas
affirmer de
l'immense majorité des hommes qui détruit sans
répit directement ou
indirectement de par son mode de vie toute vie sur terre et dans les
mers, y compris des vies humaines par millions!
Un
respect authentique
des serpents et des autres espèces sauvages se traduirait par un
respect pour leurs habitats, dont l'eau qui est un des
éléments vitaux.
Or rien que la pollution de l'eau tue 7 à 8 millions de
personnes par
an dans le monde (Michel Tarrier, 2050, Sauve qui peut la Terre!).
On
pourrait multiplier les exemples de ce genre qui démontrent que
le
pourcentage de décès occasionnés par les dommages
collatéraux démesurés
en croissance exponentielle, lesquels résultent de la
négation des
droits de la Nature - négation surdéterminée
culturellement et
économiquement -, est sans commune mesure avec le pourcentage
des décès
provoqué par les morsures de serpents au Maroc et dans le monde.
En
d'autres termes, la peur du serpent et ''la peur de la Nature''
(François Terrasson), et leur destruction qui vont de pair, sont
responsables d'incalculables hécatombes en vies humaines
(enfants,
femmes et hommes)...
''L'homme est un animal qui a trahi,
et
l'histoire
est sa sanction (Cioran)''
L'alternative
devrait consister à
encourager systématiquement et universellement le respect
multiforme pour la
vie dite animale avec toutes les conséquences en matière
d'économie,
d'organisation sociale (dont celle de la
famille!!!), d'architecture, d'éthique,
etc.
Concernant
la famille, cela
devrait signifier encourager systématiquement les couples
à n'avoir qu'un
seul enfant (et sur ce point la Chine nous montre l'exemple),
voir dans bien des cas aucun!
Le BUT
étant de NOUS autolimiter en réduisant drastiquement
notre pression
devenue intolérable sur la planète (la planète
étant toutes les espèces DONT LA NÔTRE). Nous devons
nous fixer d'atteindre d'ici disons une
centaine d'années le chiffre total de moins d'un milliard
d'habitants,
puis de parvenir à l'objectif de bien moins encore. Je
le sais cette
mesure surréaliste à elle seule ne serait même pas
suffisante, mais il s'agit
de poser le principe et de le
populariser en brisant la dictature
du TABOU concernant notre droit
usurpé à
procréer sans fin et de manière
purement criminelle...
Il s'agit
de secouer les cerveaux englués
par une
habitude d'absence de pensée et de réflexion qui
font des humains des
"cultures" concernées les représentant de
la sous-espèce humanoïde la plus
crétine qui soit!
Les villageois
chassés par la
désertification due notamment aux activités de
surpâturage, au déboisement, au
réchauffement climatique (...) d'une humanité en grave
état de
surpopulation s'entassent dans les grandes villes dans des bidonvilles
ou dans des logements en
béton où toute qualité de vie a été
perdue et où ils iront exercer n'importe quelle activité,
dont celle de mendier.
Ici à Agadir...
©Photo
Michel Aymerich
Vous
êtes-vous posé la question?
Combien étions-nous il y a 100 ans, 500 ans, 1000
ans, 2000 ans, etc. ?
Eh bien,
voici une évaluation de
l'augmentation de la population mondiale depuis le néolithique
("révolution" agricole). Entre guillemets, car après tout
la question
n'est-elle pas légitime de se demander si ce ne fut pas une contre-révolution
(dirigée contre la vie dans ses multiples expressions) qui a
commencé alors
et atteint actuellement les limites du tolérable
de son cours
destructeur...
|
|
Année
|
Population
mondiale
|
|
-10 000
|
1 à 10 millions
|
|
-6 500
|
5 à 10 millions
|
|
-5 000
|
5 à 20 millions
|
|
-200
|
150 à 231 millions
|
|
1
|
170 à 400 millions
|
|
200
|
190 à 256 millions
|
|
400
|
190 à 206 millions
|
|
500
|
190 à 206 millions
|
|
600
|
200 à 206 millions
|
|
700
|
207 à 210 millions
|
|
800
|
220 à 224 millions
|
|
900
|
226 à 240 millions
|
|
1000
|
254 à 345 millions
|
|
1100
|
301 à 320 millions
|
|
1200
|
360 à 450 millions
|
|
1250
|
400 à 416 millions
|
|
1300
|
360 à 432 millions
|
|
1400
|
350 à 374 millions
|
|
1500
|
425 à 540 millions
|
|
1600
|
545 à 579 millions
|
|
1650
|
470 à 545 millions
|
|
1700
|
600 à 679 millions
|
|
1750
|
629 à 691 millions
|
|
1800
|
0,813 à 1,125 milliard
|
|
1850
|
1,128 à 1,402 milliard
|
|
1900
|
1,550 à 1,762 milliard
|
|
|
Année
|
Population
mondiale
|
|
1910
|
1,750 milliard
|
|
1920
|
1,860 milliard
|
|
1930
|
2,07 milliards
|
|
1940
|
2.3 milliards
|
|
1950
|
2,519 milliards
|
|
1955
|
2,757 milliards
|
|
1960
|
3,023 milliards
|
|
1965
|
3,337 milliards
|
|
1970
|
3,696 milliards
|
|
1975
|
4,073 milliards
|
|
1980
|
4,442 milliards
|
|
1985
|
4,843 milliards
|
|
1990
|
5,279 milliards
|
|
1995
|
5,692 milliards
|
|
2000
|
6,085 milliards
|
|
2005
|
6,5 milliards
|
|
2010
|
6,842 milliards
|
|
2015
|
7,219 milliards
|
|
2020
|
7,577 milliards
|
|
2025
|
7,905 milliards
|
|
2030
|
8,199 milliards
|
|
2035
|
8,463 milliards
|
|
2040
|
8,701 milliards
|
|
2045
|
8,907 milliards
|
|
2050
|
9,075 milliards
|
|
(Source :
Wikipedia)
Vous êtes vous posé la question suivante: pourrait-il y
avoir sur la terre ne serait-ce que 200 millions de gorilles ou 200
millions de
chimpanzés ou 200 millions de lions ou 200 millions de loups?
Pourtant c'est le chiffre minimal que nous avions déjà
atteint il y a deux mille ans, alors que le monothéisme
commençait à s'imposer et que nous avions
déjà derrière nous quelques 4000 ans de
"révolution" néolithique, ce qui est en apparence
beaucoup à l'échelle historique, mais bien peu à
l'échelle biologique...
Or, en ce très court laps de temps biologique, nous avons
(surtout depuis un siècle) marginalisé
ou éliminé physiquement quantités
d'espèces, ainsi que quantités de cultures de
chasseurs-cueilleurs - et nous continuons ! - au point de parvenir
aujourd'hui à un
état invivable pour une grande partie de l'humanité et
bientôt pour la totalité.
Nous avons à ce point usurpé notre
prééminence, basée bien plus sur la force brutale
que sur l'intelligence, que celle-ci se retourne contre
nous-mêmes.
Après l'esclavage massif des Noirs d'Afrique, l'extermination
des Indiens, le
génocide des Tasmaniens, le génocide des
Arméniens, Auschwitz
aurait dû nous
démontrer définitivement que nous avions fait fausse
route et que l'indécent prix payé ne pouvait en aucun cas
justifier la poursuite en avant du
cours criminel de notre histoire.
Mais nous n'avons rien appris pour l'essentiel
et
continuons à dévaster et dévaster, nous bernant
d'illusions naïves sur les recettes techniques et fuyant
lâchement les conclusions à tirer de ce bilan globalement
(très) négatif.
Nous ne sommes
pourtant plus depuis longtemps des prédateurs (garants de la
santé
des écosystèmes comme le sont par ex. les lions), mais de
nuisibles "terminators"
(exterminateurs).
A quand la révolution intellectuelle qui
précèdera et accompagnera la révolution
écologique mondiale qui devra inverser ce cours destructeur et
suicidaire?
"L'idée
d'un progrès de l'espèce humaine à travers
l'histoire est inséparable de celle d'un mouvement dans un temps
homogène et vide. La critique de cette dernière
idée doit servir de fondement à la critique de
l'idée de progrès en général."
(Walter Benjamin, Sur le
concept d'histoire)
"Marx dit que les révolutions
sont les locomotives de l'histoire universelle. Mais peut-être en
est-il tout autrement. Peut-être
que les révolutions sont la poignée de secours sur
laquelle tire le genre humain afin de stopper le train qui l'emporte."
(traduit de "Notes sur le concept
d'histoire"
[Notizen zu: Über den Begrif
der Geschichte] par Michel Aymerich)