Cerastes vipera photographié par Michel Aymerich
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Représentation sociale et conscience de soi
chez le chien


Diane pensante
Photo ©Michel Aymerich

    La représentation sociale

     A partir des aptitudes innées, des conditionnements, des classifications, des capacités hypothético-déductives, le chien peut construire une image de l’organisation sociale de son groupe, de sa meute, de sa famille d’adoption.

 
    Cette représentation sociale concerne :

 
    - Une organisation sociale hiérarchisée ;

    - Une résolution ritualisée des conflits entre deux membres du groupe ;

    - Une reconnaissance des privilèges de certains membres du groupe ;

    - Des alliances et des coalitions avec certains membres ;

    - Des coopérations dans diverses activités ;

    - Des attachements privilégiés ;

    - De la solidarité entre membres ; etc.

 
Cela induit, donc, que dans un groupe, chaque chien doit être en mesure de :

  • communiquer et de décoder la communication des autres membres du groupe ;
  • placer chaque membre du groupe dans un diagramme relationnel ;
  • se situer lui-même par rapport à tous les autres ;
  • respecter les règles établies par le groupe.

    Le statut social change régulièrement (naissance, vieillesse, etc.). Il n’est pas fixé une fois pour toutes. Il peut d’ailleurs changer de façons régulières en fonction de la modification de l’environnement, des allées et venues des autres membres du groupe. Si un chien est dominé en présence d’un  des membres de la meute, il peut devenir dominant :

     - en son absence ;
- en sa présence en cas de conflit avec un autre membre.

 
    Il est possible de trouver d’autres cas illustrant ce changement ponctuel de statut.

    La représentation et la conscience de soi

    Qu’est-ce que la conscience ?

    La définition du concept de « la conscience » a toujours été difficile à établir, tant il est polysémique. Certains philosophes distinguaient jusqu’à 7 interprétations possibles. Cependant, deux sens sont jugés comme cruciaux en philosophie :

    Au sens étymologique, la conscience vient de « conscientia », donc de « scientia » qui désigne la connaissance : c’est la conscience sensible, c’est-à-dire de ce qui est perçu ; avoir conscience de quelque chose = savoir que cette chose existe, est.

    Un autre sens est celui de la conscience réfléchie, comme si le sujet était dans son corps en train de se regarder penser ou agir ; j’ai conscience de faire une erreur = je me vois en train de faire une erreur.

    Comme pour la mémoire, l’intelligence et l’attention, la conscience apparaît multiple.

Conscience symbolique
ou

Anoétique

(cerveau droit, cortex visuel, etc.)

Modules perceptifs

V

Modules symboliques (lexical, images, visages, etc.)

/\

Modules de réponses

/\

Système procédural

/\

V

PROCESSUS AUTOMATIQUES

(noyaux
sous corticaux ;
cerveau)

Conscience verbale
ou
noétique

(cerveau gauche)

V

Sémantique

V

V

Sémantique

V

CONSCIENCE EXECUTIVE OU REFELECHIE

(cortex frontal)

Conscience historique ou autonoétique

(système hippocampique)
Système épisodique <

Modèle modulaire de la conscience.

NB. Selon Husserl, la noèse est l’acte même de penser, et la noème, l’objet de cette pensée.

 
  
Une conscience de base correspondant aux représentations perceptives (formes, couleurs, musique) ou symbolique (phonème, image, visage) détermine la conscience connaissance des philosophes.

     La conscience noétique renvoie essentiellement à la mémoire sémantique avec la possibilité de décrire un certain nombre de fonctionnements psychologiques permettant l’introspection ; l’hémisphère gauche serait le support biologique de ce potentiel.

     La conscience historique permet de ressentir un fait comme déjà vécu, en lien avec des souvenirs anciens ou des évènements récents.

      La conscience exécutive prolongerait le concept de conscience de soi, conscience réfléchie, donnant l’impression d’être agi et non plus d’agir (par une âme, un esprit séparé du corps, l’inconscient ?).

 

      Ainsi, pour se situer par rapport aux autres dans une hiérarchie, il faut aussi se connaître soi-même, avoir une représentation correcte de soi. Celle-ci implique :

 

  • une représentation de soi dans l’absolu ;
  • une représentation de soi par rapport à autrui ;
  • une représentation de soi par rapport au groupe social.
 Mirza, mère exemplaire
Photo ©Michel Aymerich

    Il est donc indéniable que le chien possède une conscience de soi, y compris la     connaissance de ses limites corporelles et la gestion de son corps dans l’espace. Cependant, il nous est impossible de dire si le chien est conscient d’être conscient, de penser.

 
     Le chien se reconnaît comme un individu à part entière ;

    Il reconnaît son statut par rapport à chaque autre individu du groupe ;

    Il connaît le statut de chacun des membres du groupe ;

    Il connaît le statut des alliances face aux individus, face autres alliances et coalitions     dans un groupe.

 
    Mais la conscience de soi du chien est limitée, car il ignore, souvent, sa taille. Il est plus concentré sur son langage, ses mimiques et ses postures que sur sa stature. Ainsi, un petit chien peut attaquer sans craintes un chien deux fois plus gros que lui, mais cette absence de conscience, le conduit parfois à sa perte.

LES DISPOSITIONS INTENTIONNELLES

 
    Un des thèmes intéressant en éthologie consiste en l’étude des croyances animales. A ce sujet, Denett, un chercheur en sciences cognitives, émet l’hypothèse des dispositions intentionnelles, c’est-à-dire qu’il suppose que les animaux auraient des intentions, des pensées ou des actes activés pour un autre, qu’il choisit d’agir, que son orientation pourrait être différente qu’elle n’est, l’action est, de la sorte, non nécessaire, mais contingente.

 
    Ces dispositions sont classées par ordre croissant :

 
    Ordre 0 : automatisme de pensée et/ou d’action ;

    Ordre 1 : décision induit en fonction de l’environnement présent ;

    Ordre 2 : décision en fonction de la communication de l’autre ;

    Ordre 3 : langage symbolique, pensée réflexive attribuée à autrui.

 
    L’ordre 0 est le niveau le plus élémentaire de l’intelligence, cela correspond au niveau réflexe, à l’automatisme, la réaction instinctive, l’impulsivité, le conditionnement. C’est l’ordre de l’involontaire, de l’ « inconscient ».

 
    L’ordre 1 révèle la décision, la capacité à faire des choix dans un environnement donné : interprétation, constatation de la hiérarchie sociale, etc.

 
    L’ordre 2 est le niveau de décision prise en fonction de la communication d’autrui, de ses postures, mimiques, de l’interprétation de son langage, de son humeur, de ses émotions, de sa façon d’être et d’agir.

 
    L’ordre 3 correspond au langage symbolique, c’est l’ordre de la conscience. C’est le niveau de la transmission d’une information comme d’une émotion ou d’une croyance. Il s’agit également de l’affirmation de soi (assertivité). Le chien peut adopter un langage d’intimidation et de confirmation de sa personne : postures hautes, regards fixes et tendus, marquage urinaire, occupation des lieux de passage.

.

Les croyances et les superstitions animales

 
     Les croyances existent-elles chez les animaux ?

      Si les croyances sont des représentations mentales distinctes du désir, qui déclenchent ou inhibent l’action comportementale, alors les chiens ont des croyances. Si les animaux ont des intentions, qu’ils portent leur attention sur un autre et pour, ou en fonction d’un autre, alors, ils possèdent des « convictions ».

      L’animal est dit superstitieux s’il se sent responsable d’un acte, acteur d’un évènement qui se produit.

      Quelle différence existe entre corrélation et cause ?

     La corrélation consiste en une relation logique entre deux choses, deux termes, alors que la cause est ce qui fait que quelque chose est ou se fait. Le premier terme désigne un lien logique entre deux faits indépendants l’un de l’autre, mais l’un peut supposer l’autre par le processus d’association, alors que pour le second terme, un fait entraîne l’autre, l’induit, le provoque.

     Si deux évènements sont corrélatifs, y a-t-il pour autant une relation de cause à effet ?

    Du point de vue de la psychologie animale, la différence entre les deux concepts n’est pas aussi simple que pour nous, humain.

    Par exemple, un chien se trouve dans son jardin, et un promeneur passe devant la propriété. Le chien, désirant protéger son territoire se met à aboyer. Le passant suit sa route sans relever le comportement d’intimidation du chien. Pour le chien, cette attitude indifférente sera interprétée comme une victoire : l’intrus potentiel s’est éloigné, la menace est écartée.

 
    Pour le chien, son comportement induit celui de l’autre. Une tendance égocentrique est à souligner, rappelant la psychologie de l’enfant : il se place au centre de son environnement (cf. l’énaction = les systèmes vivants, par ce qu’ils sont et ce qu’ils font, spécifient ce à quoi ils sont sensibles dans l’environnement. Ils créent leur monde dans une PERCEPTION inséparable de l’action.).

     Les croyances et la hiérarchie

     Les croyances viennent compliquer le travail de décodage de « qui est qui » et « qui a quel statut » dans le groupe.

      Si le chien A croit que manger avant et devant tout le monde est un privilège de dominant et que le chien B croit que cela n’a aucune importance, mais qu’il croit en revanche que d’être à proximité de la maîtresse est plus important que tout pour obtenir un statut dominant, le chien A est dominant dans sa propre représentation et le chien B est dominant dans la sienne.

     Comment vont-ils se départager ? Seront-ils dominants tour à tour en fonction des circonstances ? Vont-ils se quereller sans arrêt, sauf quand ils seront tous les deux, sans la maîtresse et sans repas ?

      Sans doute, les propriétaires auront leur idée sur le chien dominant et le favoriseront en lui donnant d’autres privilèges. Ainsi, ils seront inducteurs d’instabilité dans la représentation de la hiérarchie de la meute.

         La vision du monde

      Parmi les croyances se trouve la vision du monde, qui est la façon dont chacun perçoit le monde. En d’autres termes, le monde est, uniquement par, ce que j’en perçois. Cette vision du monde est dépendante de la maturation psychique, de l’éducation, de l’expérience et de la génétique. Rien qu’entre humains, nous ne concevons pas le monde, tous, de la même manière. De ce fait, chaque espèce, chaque sujet se crée sa propre représentation du monde qui l’entoure et dans lequel il évolue.

      Pour reprendre l’idée d’appartenance à un groupe, le chien peut faire une différence entre les membres de son groupe social et les non membres. Ce sont deux classes. Aussi, il peut ranger dans des classes différentes les petits individus qui courent (rats, souris), les petits qui courent et sautent (lapins), ceux qui courent et grimpent (chats), ceux qui volent, ceux à plumes, à écailles ou à peau, ce qui se mange, ce avec quoi il peut jouer et ce qu’il ne faut pas toucher, etc.

      Plus le chien est intelligent, plus il connaît de classes et de concepts. Cela est fondamental pour la vie en meute ; pour dominer ou se soumettre, il faut reconnaître l’autre comme différent de soi et porteur d’un statut social : il faut être socialisé. Ce processus fondamental a lieu entre 3 semaines et 3 à 4 mois. Le processus inverse de désocialisation peut se passer à la puberté.

 
Marylise POMPIGNAC POISSON,

Psychothérapeute Psychanalyste, formatrice en psychologie,

Le Jardin d’Athéna, refuge LPO,

La Bougrière, 44 850 Saint Mars du Désert, France.

Tel : 02.40.77.42.77. e-mail : marylise.po@hotmail.fr



la Charte du Respect des Espèces et des Ecosystèmes


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