La
représentation sociale
A partir des aptitudes innées, des conditionnements, des
classifications, des capacités
hypothético-déductives, le chien peut construire
une image de l’organisation sociale de son groupe, de sa meute, de sa
famille
d’adoption.
Cette
représentation sociale
concerne :
- Une
organisation sociale
hiérarchisée ;
- Une
résolution ritualisée des conflits
entre deux membres du groupe ;
- Une
reconnaissance des privilèges de
certains membres du groupe ;
- Des
alliances et des coalitions avec
certains membres ;
- Des
coopérations dans diverses
activités ;
- Des
attachements privilégiés ;
- De la
solidarité entre membres ;
etc.
Cela induit, donc, que dans un groupe,
chaque chien doit être en mesure de :
- communiquer et de décoder la communication
des autres membres du groupe ;
- placer chaque membre du groupe dans un
diagramme relationnel ;
- se situer lui-même par rapport à tous
les
autres ;
- respecter les règles établies par le
groupe.
Le statut
social change régulièrement
(naissance, vieillesse, etc.). Il n’est pas fixé une fois pour
toutes. Il peut
d’ailleurs changer de façons régulières en
fonction de la modification de
l’environnement, des allées et venues des autres membres du
groupe. Si un chien
est dominé en présence d’un des membres
de la meute, il peut devenir dominant :
- en son absence ;
- en sa présence en cas de conflit avec un
autre membre.
Il est possible de trouver d’autres cas
illustrant ce changement ponctuel de statut.
La
représentation et la conscience
de soi
Qu’est-ce que la conscience ?
La définition du concept de « la
conscience » a toujours été
difficile à établir, tant il est polysémique.
Certains philosophes
distinguaient jusqu’à 7 interprétations possibles.
Cependant, deux sens sont
jugés comme cruciaux en philosophie :
Au sens étymologique, la conscience vient
de « conscientia », donc de
« scientia » qui désigne la
connaissance : c’est la conscience sensible, c’est-à-dire
de ce qui est
perçu ; avoir conscience
de quelque chose = savoir que
cette chose
existe, est.
Un autre
sens est celui de la conscience
réfléchie, comme si le sujet était dans son corps
en train de se regarder
penser ou agir ; j’ai
conscience de faire une erreur = je me vois
en
train de faire une erreur.
Comme
pour la mémoire, l’intelligence et
l’attention, la conscience apparaît multiple.
|
Conscience
symbolique
ou
Anoétique
(cerveau
droit, cortex visuel, etc.)
|
Modules
perceptifs
V
Modules
symboliques (lexical, images, visages, etc.)
/\
|
Modules
de réponses
/\
Système
procédural
/\
V
|
PROCESSUS
AUTOMATIQUES
(noyaux
sous corticaux ;
cerveau)
|
|
Conscience
verbale
ou
noétique
(cerveau
gauche)
|
V
Sémantique
V
|
V
Sémantique
V
|
CONSCIENCE
EXECUTIVE OU REFELECHIE
(cortex
frontal)
|
|
Conscience
historique ou autonoétique
(système
hippocampique) |
Système
épisodique |
< |
|
Modèle
modulaire de la conscience.
NB.
Selon Husserl,
la noèse est l’acte même de penser, et la noème,
l’objet de cette pensée.
Une conscience
de base
correspondant aux
représentations perceptives
(formes, couleurs, musique) ou symbolique (phonème, image,
visage) détermine la
conscience connaissance des philosophes.
La conscience noétique renvoie essentiellement à la
mémoire sémantique
avec la possibilité de décrire un certain nombre de
fonctionnements
psychologiques permettant l’introspection ;
l’hémisphère gauche serait le
support biologique de ce potentiel.
La conscience historique permet de ressentir un fait comme
déjà vécu, en
lien avec des souvenirs anciens ou des évènements
récents.
La conscience exécutive prolongerait le concept de conscience de
soi,
conscience réfléchie, donnant l’impression d’être
agi et non plus d’agir (par
une âme, un esprit séparé du corps,
l’inconscient ?).
Ainsi, pour se situer par rapport
aux autres dans une hiérarchie, il faut aussi se connaître
soi-même, avoir une
représentation correcte de soi. Celle-ci implique :
- une
représentation de soi dans l’absolu ;
- une
représentation de soi par rapport à autrui ;
- une
représentation de soi par rapport au groupe social.

Photo ©Michel
Aymerich
Il est
donc indéniable que le chien
possède une conscience de soi, y compris la
connaissance de ses
limites
corporelles et la gestion de son corps dans l’espace. Cependant, il
nous est
impossible de dire si le chien est conscient d’être conscient, de
penser.
Le chien se reconnaît comme un individu à part
entière ;
Il
reconnaît son statut par rapport à
chaque autre individu du groupe ;
Il
connaît le statut de chacun des membres
du groupe ;
Il
connaît le statut des alliances face
aux individus, face autres alliances et coalitions
dans un groupe.
Mais la conscience de soi du chien est limitée, car il ignore,
souvent,
sa taille. Il est plus concentré sur son langage, ses mimiques
et ses postures
que sur sa stature. Ainsi, un petit chien peut attaquer sans craintes
un chien
deux fois plus gros que lui, mais cette absence de conscience, le
conduit
parfois à sa perte.
LES DISPOSITIONS INTENTIONNELLES
Un des thèmes
intéressant en
éthologie consiste en l’étude des croyances
animales. A ce sujet, Denett, un chercheur en sciences cognitives,
émet
l’hypothèse des dispositions intentionnelles,
c’est-à-dire qu’il suppose que
les animaux auraient des intentions, des pensées ou des actes
activés pour un
autre, qu’il choisit d’agir, que son orientation pourrait être
différente
qu’elle n’est, l’action est, de la sorte, non nécessaire, mais
contingente.
Ces
dispositions sont classées par ordre
croissant :
Ordre
0 : automatisme de pensée et/ou
d’action ;
Ordre
1 : décision induit en fonction
de l’environnement présent ;
Ordre
2 : décision en fonction de la
communication de l’autre ;
Ordre
3 : langage symbolique, pensée
réflexive attribuée à autrui.
L’ordre 0
est le niveau le plus
élémentaire de l’intelligence, cela correspond au niveau
réflexe, à
l’automatisme, la réaction instinctive, l’impulsivité, le
conditionnement.
C’est l’ordre de l’involontaire, de
l’ « inconscient ».
L’ordre 1
révèle la décision, la capacité
à faire des choix dans un environnement donné :
interprétation,
constatation de la hiérarchie sociale, etc.
L’ordre 2
est le niveau de décision prise
en fonction de la communication d’autrui, de ses postures, mimiques, de
l’interprétation de son langage, de son humeur, de ses
émotions, de sa façon
d’être et d’agir.
L’ordre 3
correspond au langage
symbolique, c’est l’ordre de la conscience. C’est le niveau de la
transmission
d’une information comme d’une émotion ou d’une croyance. Il
s’agit également de
l’affirmation de soi (assertivité). Le chien peut adopter un
langage
d’intimidation et de confirmation de sa personne : postures
hautes,
regards fixes et tendus, marquage urinaire, occupation des lieux de
passage.
.
Les croyances
et les superstitions animales
Les croyances existent-elles chez les animaux ?
Si les croyances sont des représentations mentales distinctes du
désir,
qui déclenchent ou inhibent l’action comportementale, alors les
chiens ont des
croyances. Si les animaux ont des intentions, qu’ils portent leur
attention sur
un autre et pour, ou en fonction d’un autre, alors, ils
possèdent des
« convictions ».
L’animal est dit superstitieux s’il se sent responsable d’un acte,
acteur d’un évènement qui se produit.
Quelle
différence existe entre corrélation et cause ?
La
corrélation consiste en une relation
logique entre deux choses, deux termes, alors que la cause est ce qui
fait que
quelque chose est ou se fait. Le premier terme désigne un lien
logique entre
deux faits indépendants l’un de l’autre, mais l’un peut supposer
l’autre par le
processus d’association, alors que pour le second terme, un fait
entraîne
l’autre, l’induit, le provoque.
Si deux évènements sont corrélatifs, y a-t-il pour
autant une relation
de cause à effet ?
Du
point de vue de la psychologie animale,
la différence entre les deux concepts n’est pas aussi simple que
pour nous,
humain.
Par
exemple, un chien se trouve dans son
jardin, et un promeneur passe devant la propriété. Le
chien, désirant protéger
son territoire se met à aboyer. Le passant suit sa route sans
relever le
comportement d’intimidation du chien. Pour le chien, cette attitude
indifférente sera interprétée comme une
victoire : l’intrus potentiel
s’est éloigné, la menace est écartée.
Pour le chien, son comportement induit
celui de l’autre. Une tendance égocentrique est à
souligner, rappelant la
psychologie de l’enfant : il se place au centre de son
environnement (cf.
l’énaction = les systèmes vivants, par ce qu’ils sont et
ce qu’ils font,
spécifient ce à quoi ils sont sensibles dans
l’environnement. Ils créent leur
monde dans une PERCEPTION inséparable de l’action.).
Les
croyances et la hiérarchie
Les croyances viennent
compliquer le travail
de décodage de « qui
est qui » et « qui a quel statut »
dans le groupe.
Si le chien A croit que manger avant et devant tout le monde est un
privilège de dominant et que le chien B croit que cela n’a
aucune importance,
mais qu’il croit en revanche que d’être à proximité
de la maîtresse est plus
important que tout pour obtenir un statut dominant, le chien A est
dominant
dans sa propre représentation et le chien B est dominant dans la
sienne.
Comment vont-ils se départager ? Seront-ils dominants tour
à tour
en fonction des circonstances ? Vont-ils se quereller sans
arrêt, sauf
quand ils seront tous les deux, sans la maîtresse et sans
repas ?
Sans doute, les propriétaires auront leur idée sur le
chien dominant et
le favoriseront en lui donnant d’autres privilèges. Ainsi, ils
seront
inducteurs d’instabilité dans la représentation de la
hiérarchie de la meute.
La
vision du monde
Parmi les croyances se trouve la vision du monde, qui est la
façon dont
chacun perçoit le monde. En d’autres termes, le monde est,
uniquement par, ce
que j’en perçois. Cette vision du monde est dépendante de
la maturation
psychique, de l’éducation, de l’expérience et de la
génétique. Rien qu’entre
humains, nous ne concevons pas le monde, tous, de la même
manière. De ce fait,
chaque espèce, chaque sujet se crée sa propre
représentation du monde qui l’entoure
et dans lequel il évolue.
Pour reprendre l’idée d’appartenance à un groupe, le
chien peut faire
une différence entre les membres de son groupe social et les non
membres. Ce
sont deux classes. Aussi, il peut ranger dans des classes
différentes les
petits individus qui courent (rats, souris), les petits qui courent et
sautent
(lapins), ceux qui courent et grimpent (chats), ceux qui volent, ceux
à plumes,
à écailles ou à peau, ce qui se mange, ce avec
quoi il peut jouer et ce qu’il
ne faut pas toucher, etc.
Plus le chien est intelligent, plus il connaît de classes et de
concepts. Cela est fondamental pour la vie en meute ; pour dominer
ou se
soumettre, il faut reconnaître l’autre comme différent de
soi et porteur d’un
statut social : il faut être socialisé. Ce processus
fondamental a lieu
entre 3 semaines et 3 à 4 mois. Le processus inverse de
désocialisation peut se
passer à la puberté.
Marylise POMPIGNAC
POISSON,
Psychothérapeute
Psychanalyste, formatrice en psychologie,
Le
Jardin
d’Athéna,
refuge LPO,
La
Bougrière,
44 850 Saint Mars du Désert, France.
Tel :
02.40.77.42.77. e-mail : marylise.po@hotmail.fr
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