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SOS-Terre
par Hubert Reeves*
(Journal Le Monde du 11
mai 2002)
Force est de constater
les énormes menaces qui pèsent aujourd'hui sur
l'avenir de la vie sur
notre planète. Au train (d'enfer !) où va le
délabrement de la
Terre depuis quelques décennies - déforestations,
désertification,
stérilisations des terres, réchauffement de la
planète,
épuisement des
ressources naturelles, empoisonnement des nappes
phréatiques, taux
effarant d'extinction des espèces vivantes, paupérisation
accrue d'une large
fraction de l'humanité -, personne ne peut dire si notre
planète
sera encore habitable à la fin de ce siècle et dans
quelles conditions
vivront nos
petits-enfants en 2050.
Tous les clignotants
sont au rouge vif.
Tout va se jouer dans
les décennies qui viennent, et dépend de décisions
à
prendre de toute
urgence. Nous sommes engagés dans une gigantesque
expérimentation
sur l'état de la vie de notre planète, qui risque de
réduire
à néant le
merveilleux résultat de plusieurs milliards d'années
d'évolution
cosmique. Nous en
observons déjà de nombreux effets désastreux, et
nous
surveillons avec
anxiété et même angoisse ceux qui vont suivre.
C'est que,
contrairement aux
scientifiques expérimentateurs, qui peuvent se débarrasser
de leurs
éprouvettes quand elles s'enflamment, nous sommes, nous, dans
l'éprouvette avec
nos enfants et nos petits-enfants.
Cette situation fait
porter sur nos futurs députés et nos futurs
gouvernements les plus
lourdes responsabilités. Jamais les élus des
générations
précédentes n'eurent à en assumer de telles.
Pour les
élections à venir, les citoyens de France doivent trouver
dans les
programmes que les
candidats vont leur proposer des avancées à la mesure de
cette situation
dramatique.
Les pistes sont
nombreuses :
- Il faut accomplir un
effort massif de développement des énergies
renouvelables, avec de
grands investissements de l'Etat. Aujourd'hui en
France, le
développement des énergies renouvelables est dix fois
plus faible
que celui du
développement de l'énergie nucléaire, dont on
connaît les
risques et les
limitations. Il faut aussi décider un accroissement
énorme de
l'aide
(réelle...) aux pays pauvres pour diminuer l'écart
toujours croissant
entre les plus
démunis et les plus nantis (nous...), source toujours
croissante
d'insécurité et de terrorisme.
- Il faut promouvoir la
réalisation des projets environnementaux, tels que
Natura 2000, visant
à créer une quantité accrue de zones
protégées.
- Il faut favoriser
l'excellent travail des mouvements de protection de
l'environnement tels que
France Nature Environnement et ses associations
membres, la Fondation
Nicolas Hulot et bien d'autres.
- Il faut
développer l'agriculture bio, plus respectueuse du sol, de la
santé publique,
et dont les fondements sont transposables partout.
- Il faut encourager une
diminution considérable, au niveau des familles,
des dépenses en
énergie, avec la poursuite accélérée du
développement des
voitures à basse
consommation d'essence, du ferroutage et des transports en
communs.
- Il faut promouvoir, au
niveau des écoles élémentaires, un enseignement qui
incorpore une
connaissance de la nature, de l'écologie et du respect du
vivant dans sa
diversité, puisque le sort de l'humanité est intimement
lié à
celui des autres
espèces.
- Il faut encourager une
recherche scientifique dirigée vers les problèmes
écologiques, avec
des moyens accrus et une indépendance garantie.
Bref, il est urgent de
mettre au cour de nos préoccupations, en France et
partout,
l'avènement d'une politique permettant la durabilité des
conditions
de vie sur la Terre. Il
faut viser à promouvoir une évolution des
sociétés
humaines qui les rendent
totalement conscientes de leurs responsabilités
planétaires.
(Hubert Reeves est
astrophysicien, président de la Ligue pour la préservation
de la faune
sauvage.)
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