Cerastes vipera photographié par Michel Aymerich
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Défendre les Indiens Yanomani,
c'est défendre notre avenir...


Pour un dépassement de nos préjugés anthropocentriques et notre réintégration au sein de la communauté des êtres vivants


Par Michel AYMERICH

Selon l’AFP du Dimanche 30 décembre, « les Indiens de la tribu Yanomami d'Amazonie en ont appelé à la chancelière allemande Angela Merkel, qui s'est posée en défenseuse de l'environnement et des droits de l'Homme, pour qu'elle fasse ratifier la convention de l'OIT sur la protection des peuples indigènes.

Le porte-parole des Yanomami, le chaman Davi Kopenawa, a déploré le manque de soutien international accordé à sa tribu, dans le quotidien allemand Neue Osnabrücke Zeitung à paraître lundi.
"J'appelle Mme Merkel, les hommes politiques d'Allemagne et les autres chefs de gouvernement d'Europe à signer la convention 169 de l'Organisation internationale du travail (OIT), qui protège les peuples indigènes au niveau mondial", a-t-il dit.
La convention 169, entrée en vigueur en 1991, reconnaît la notion de "peuples autochtones" et est le seul instrument juridique existant à caractère obligatoire pour la protection des peuples indigènes et tribaux. Mais à peine une quinzaine d'Etats l'ont ratifiée, essentiellement sud-américains. En Europe, le Danemark, la Norvège et  l'Espagne l'ont signée.
"Le ciel est sombre et plein de fumée parce que les Blancs brûlent la forêt. L'été dernier a été chaud comme jamais auparavant. Nous sommes très inquiets que le feu tue tous les animaux et les oiseaux de la forêt, et nous les hommes", a déclaré M. Kopenawa.
Jusqu'à 30.000 chercheurs d'or ont foulé dans les années 1980 le territoire des Yanomami, apportant des maladies, a ajouté le chaman. "Il y a aujourd'hui le paludisme, la tuberculose, la rougeole, la grippe et des maladies sexuellement transmissibles comme la gonorrhée et la syphilis, et même le cancer", a-t-il déploré.
Des chercheurs d'or reviennent aujourd'hui dans la région et "salissent nos fleuves avec du mercure", a fustigé Davi Kopenawa. En outre, des élevages de bovins et des plantations de riz "se rapprochent de notre territoire", "soutenus par des politiciens (...) qui préfèreraient voir les Yanomami morts plutôt que vivants".
Les Yanomami forment l'un des principaux peuples de la forêt amazonienne du Brésil et du Venezuela. Ils seraient plus de 25.000, répartis de part et d'autre de l'Orénoque, vivant de la chasse, de la pêche et de la cueillette." (AFP)

Ecoutons l'appel des yanomani et défendons "Ceux-qui-laissent" et sont partie intégrante de la forêt amazonienne, contre "Ceux-qui-prennent" et viennent prendre jusque dans le sanctuaire des derniers vrais hommes...

Ceux qui viennent souiller la forêt sont l'écume empoisonnée de la vague que représentent nos civilisations du pillage ("occidentales" et "orientales" intimement entremêlées).

Pourtant, les yanomani comprennent que leur salut ne peut venir que de ceux d’entre-nous qui veulent que le monde change de base. Car tel est le paradoxe. Nous avons suscité au sein de nos civilisations l’apparition de monstres, mais nous commençons à en prendre conscience. Entreprenons donc radicalement notre mutation en nous alliant aux peuples de chasseurs cueilleurs survivants, ils sont aussi nos alliés dans la vaste entreprise du début de déconstruction des valeurs erronées qui depuis plus de deux mille ans
nous ont conduit sur une pente fatale. Ils sont également notre soutien objectif dans la nécessaire reconstruction de nos modes de vie et de pensée.

Claude Lévi-Strauss répondait en 1965 à la question de ce qui mériterait d’être conservé à l’intention des archéologues de l’an 3000 parmi les faits, découvertes, inventions, livres et tableaux datant des 20 dernières années (1945-1965): « Je mettrai dans votre coffre des documents relatifs aux dernières sociétés primitives en voie de disparition, des exemplaires d’espèces végétales et animales proches d’êtres anéanties par l’homme, des échantillons d’air et d’eau non encore pollués par les déchets industriels, des notices et illustrations sur des sites bientôt saccagés par des installations civiles et militaires. » Elizabeth de Fontenay qui le cite ajoute : « Puis l’ethnologue souligne à quel point ces vestiges possèdent, en valeur absolue, plus de prix que les productions artistiques, au sujet desquelles le jugement peut se tromper, ou que les productions scientifiques, qui dans un millénaire seront caduques. « Mieux vaut donc […] laisser quelques témoignages sur tant de choses que, par notre malfaisance et celle de nos continuateurs, ils n’auront plus le droit de connaître : la pureté des éléments, la diversité des êtres, la grâce de la nature, et la décence des hommes ». (Anthropologie structurale, Deux, Plon, 1973, p. 337, in Elisabeth de Fontenay, Le silence des bêtes, Fayard, 1998, p. 43)

J’ajouterai pour ma part que ce qui précède n’est pas seulement valable pour les productions datant des 20 ou 60 et quelques dernières années (1945-2008), mais s’applique à l’ensemble des faits, découvertes, inventions, livres et tableaux datant de l’invention de l’écriture.

C’est bien simple, ces femmes et ces hommes, les Yanomani, mènent une vie en adéquation avec l’ensemble du vivant qui n’a pas connu de rupture fondamentale depuis des centaines de milliers, et même des millions d’années (depuis l'apparition des premiers hommes). Alors que nos modes de vie anthropocentriques issus de l'agriculture totalitaire née il y a 10.000 ans  (soutenenue idéologiquement par les religions monothéistes) et basés sur l’exploitation de la Nature - elle même condition de l'exploitation des hommes - sont à l’origine de l’actuelle grande extinction des espèces et menacent maintenant jusqu’à la survie de notre propre espèce…

Nous commençons tout juste à comprendre grâce aux sciences de l'écologie libres des contraintes financières, politiques et religieuses que ce que nous croyions jusqu’ici savoir se réduit comme une peau de chagrin. Nous nous retrouvons nus comme à notre naissance et comprenons que nous nous sommes comportés en vilains arrogants apprentis sorciers.

Reconnaissons enfin que nous sommes des primates, plus exactement des grands singes (aux côtés des Bonobos, des Chimpanzés, des Gorilles, des Orang-Outangs) et que d’avoir voulu nier notre animalité est à la base des plus grands crimes commis…

Défendons les derniers peuples de chasseurs-cueilleurs et l'ensemble de la Nature, et menons l'entreprise de déconstruction de nos croyances fatales jusqu'à la nouvelle renaissance qui nous permettra par la réduction drastique du nombre des membres de notre espèce (dénatalité) et la diminution conséquente de notre empreinte globale de recommencer à vivre au sein de la communauté des êtres vivants et non plus contre elle...  

En s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité,
en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre,
[l'homme occidental]

ouvrait un cycle maudit...


Mère jouant avec son enfantMère et son enfant
Mamans Bonobos jouant avec leur enfant. Le "propre de l'homme" se révèle pour l'essentiel être une construction idéologique à vocation déculpabilisatrice à l'encontre des autres membres de la communauté des êtres vivants...

"C'est maintenant [...] qu'exposant les tares d'un humanisme décidément incapable de fonder chez l'homme l'exercice de la vertu, la pensée de Rousseau peut nous aider à rejeter l'illusion dont nous sommes, hélas ! en mesure d'observer en nous-mêmes les funestes effets. Car n'est-ce pas le mythe de la dignité exclusive de la nature humaine qui a fait essuyer à la nature elle-même une première mutilation, dont devaient inévitablement s'ensuivre d'autres mutilations? On a commencé par couper l'homme de la nature, et par le constituer en règne souverain; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu'il est d'abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu'au terme des quatre siècles de son histoire l'homme occidental [1] ne put-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d'un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l'amour propre son principe et sa notion." (Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Deux, Paris, Plon, 1973, p. 53.)

[1] A "l'homme occidental", il faut résolument ajouter l'homme "oriental" (et la femme!), car l'observation intime dans ces cultures des préjugés, croyances, pratiques, comportements et modes de vie nous autorisent à penser que ce qui est vrai pour l'Occident l'est tout autant sinon plus encore pour l'anthropocentrisme sans complexes majeurs, laissant peu de place à l'autocritique, observable du Maroc à l'Indonésie en passant par l'Iran, l'Afghanistan, le Pakistan... Le  surpâturage dévastateur, le statut de paria des chiens et l'éradication systématique des serpents au Maroc, la chasse obsessionnelle tous azimuts et les pratiques esclavagistes en Mauritanie à l'encontre des Noirs, les gigantesques feux de forêts intentionnels et l'extermination des Orangs-outangs en Indonésie en sont quelques exemples parmi tant d'autres...

Qu'est-ce que la vie?

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